“Enterrez-moi où j’aurai vécu.”
Voici les dernières volontés du Père. Une phrase en testament. Une nuit pour résoudre l’énigme de cet inconnu. Une nuit pour interroger les traces du paysage et le dilemme de la terre ; le pays natal face à celui qui accueille. Une nuit en héritage qui déchirera la famille, la société, et le corps du Môme.
Sébastien Kheroufi écrit parce que son père est mort. Parce qu’il l’a trouvé au sol dans un Centre d’Hébergement d’Urgence. Écrire les morts lui est plus facile que parler des vivants. C’est pour lui une manière de répondre à l’héritage laissé par le père et de dire à la société ce qu’elle leur a pris. Un enfant qui se tait devient un adulte qui hurle. Aller du silence au cri, sans haine — elle épuise. Longtemps, Sébastien Kheroufi a préféré se cacher derrière la littérature des autres. Aujourd’hui, il écrit pour les Mômes, pour celles et ceux construits par la honte, le silence et la rage. L’intime ne l’intéresse que lorsqu’il touche à une humanité commune.
À la mort de son père, à Paris, on lui dit de renoncer à l’héritage à cause des dettes. En Algérie, à Annaba où il repose, on lui dit qu’un mort les emporte dans la tombe. Ces paroles le hantent. Il a toujours refusé de retenir la date. Il se rappelle la nuit, l’orange que son père était en train d’éplucher, la télévision allumée, en permanence. Un dimanche de mai. Peut-être. Le chiffre, il l’a oublié.
