Textes d’aujourd’hui pour le théâtre. Ces publications sont régulièrement soutenues par la Région Languedoc-Roussillon, et depuis 2003 par la SACD.

Défaut de fabrication

EAN : 9782847051353

13x21cm, 64 p., 13 €

Publié avec le soutien du Centre national du livre et de la Société suisse des auteurs

1 homme, 1 femme

2016

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Une fin d’après-midi, dans une cuisine d’un appartement HLM, en périphérie d’une grande ville, une femme regarde son feuilleton préféré sur la petite télé posée au-dessus du réfrigérateur. Son mari est ouvrier dans une grande entreprise de la région. Elle fait des ménages pour le compte de quelques particuliers.

Ce jour-là, l’homme rentre de son travail avec plusieurs heures d’avance par rapport à son horaire habituel. Aux demandes répétées d’explications de la femme, il répond par un silence obstiné. Quelque chose a changé qui va bouleverser leur vie.

Défaut de fabrication est une pièce sur l’usure de l’amour, sur l’usure des corps, sur l’épuisement. Elle donne la parole à des ouvriers, à ceux qu’on n’entend plus, qui sont laissés de côté. Elle dit le monde à partir du quotidien, à partir de tous ces gestes que nous faisons machinalement et qui nous renseignent sur ce que nous sommes.

C’est aussi une pièce sur la parole, sur la nécessité de la parole. Dire le monde, c’est commencer à avoir une prise sur lui.

Extraits de presse

« Avec une écriture non linéaire, aux dialogues laconiques et, aux monologues introspectifs extrêmement fouillés, la pièce confère à ses personnages une profondeur existentielle, hors d’un quotidien misérabiliste. »

[Mireille Davidovici, Théâtre du blog, 24 mars 2015]


« Le texte de Jérôme Richer sonne juste et explore avec une sensibilité extrême les non-dits de cette vie à deux. »

[Paul K’ros, Liberté-Hebdo, n°1160]


« (…)
Le texte fonctionne en rupture, à la fois de dispositif (entrées et sorties de l’un ou l’autre) et d’approche. Lorsque il n’est plus question de la vie professionnelle, il est question des affects, des pertes et deuils comme celui de leur fils que la Femme dit dans un monologue, tournée vers le public (p.23-4) ou de leur amour, après trente-trois ans de vie conjugale, de l’attitude de leur fille qui sans doute a changé de monde, de classe et vit ailleurs.

J. Richer va plus loin dans cette manière de construire la logique dramatique et ensuite de la détruire selon un système de coupure, au centre de la pièce. En effet, toute l’action de celle-ci est comme résumée dans un court monologue de l’Homme dans le genre du récit classique, qui reprend à la fois le texte des didascalies du début et ce que le spectateur vient d’entendre et voir dans ce qui précède en allant jusqu’à l’épilogue de cette tragédie chez les pauvres, et que peut-être annonçait la capsule-toupie

(…) Puis s’élève une tirade de l’homme adressée à son épouse, comme un très beau lamento amoureux d’un ouvrier qui « fabrique des rouages » et finit par être brisé, parce que quelque chose s’est cassé et qu’un « défaut de fabrication » a tout délité (p.50 à 56). (…) »

Marie du Crest, La Cause littéraire, 1er juin 2016]


« Lui est ouvrier, elle fait des ménages. Défaut de fabrication s’ouvre sur un évènement qui n’a l’air de rien et qui pourtant amorcera la dégringolade tragique d’un couple à la vie dure et morne. La langue de l’auteur suisse Jérôme Richer, tranchante dans la voix des deux personnages, d’une précision extrême dans les didascalies, fonctionne comme une mécanique implacable.

(…) Il y a évidemment l’épuisement du travail et l’impossibilité désormais d’y trouver du sens – il fabrique des rouages destinés aux avions militaires bombardiers –, mais aussi l’étiolement du sentiment amoureux et du désir, les réminiscences d’un fils mort et de la distance qui sépare le couple de sa fille.

Le langage est parfois violent, qui traduit la difficulté qu’ils ont tous les deux à supporter la vie, à l’endiguer pour ne pas céder. L’écriture met ici en scène la prise de conscience, le moment où le personnage principal s’arrête pour prendre de la hauteur sur son existence. Il s’extrait de lui-même, sa parole alterne dès lors entre mode dramatique et épique dans un va-et-vient qui en dit long sur ce qui s’est rompu.

Cette chute libre de deux personnages est d’autant plus percutante qu’ils sont comme pris au piège du décor que construit Jérôme Richer. Décrit avec méticulosité par un texte didascalique qui participe pleinement de la dramaturgie, l’environnement de la cuisine apparaît comme la caisse de résonance du désarroi ouvrier. (…)

Dans la veine des auteurs allemands issus du mouvement du théâtre du quotidien (Franz Xaver Kroetz, Herbert Achternbusch ou Max Frisch), mais aussi d’auteurs beaucoup plus contemporains comme Magali Mougel (également éditée chez Espaces 34), Jérôme Ficher fait entendre la voix de ceux qu’on n’entend pas ou qu’on ne veut pas entendre d’ordinaire. (…)

A quel moment la pulsion de vie ne fait-elle plus le poids face à la violence du monde sur certaines vies ?

Défaut de fabrication raconte la faille qui s’est creusée chez cet homme et le fait dérailler, ou quand il ne devient plus possible de continuer à reproduire chaque jour à l’identique du précédent, et qui consiste en se lever pour travailler pour se fatiguer pour se reposer pour se lever à nouveau, et ainsi de suite.

Comme dans un dernier sursaut, il se prend à rêver qu’ils pourraient partir en vacances, prendre l’air un weekend pour goûter à l’insouciance perdue. Mais elle n’y croit plus, ne peut même se l’imaginer. Alors tout semble s’effondrer, plus rien, il n’y a vraiment plus rien. Le restant d’amour qu’il éprouve pour elle s’exprime lorsque morte, il prend soin de la maquiller, de la coiffer et de regarder ses mains abimées par la vie et les détergents ménagers. »

[Estelle Moulard-Delhaye, Le Souffleur, février 2017]

Vie du texte

Défaut de fabrication a reçu le prix 2012 de la Société suisse des auteurs (SSA) à l’écriture théâtrale.


Lors du Festival Prise directe, mise en espace de Jacques Descorde, avec la Compagnie de l’Oiseau-Mouche, Roubaix, 12 février 2015.

Lors du Festival Nouvelles Zébrures, mise en espace de Jacques Descorde, avec la Compagnie de l’Oiseau-Mouche, Théâtre de l’Union, Limoges, le 18 mars et à Bellac le 19 mars 2015.


Lecture lors des Lundis en coulisse de Gislaine Drahy, Théâtre narration, Lyon, le 25 avril 2016.


Coup de cœur du comité de lecture du Théâtre de la Tête noire, Saran, 2016.

Mise en voix de Patrice Douchet, Text’avril, Théâtre de la Tête noire, le 24 avril 2016.


Création à la Comédie de Genève dans une mise en scène Yvan Rihs, avec Roland Vouilloz et Caroline Gasser, du 23 janvier au 9 février 2018.

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