Cette collection, créée en mai 2009, accueille des écrivains déjà publiés dans d’autres collections et de nouveaux écrivains. Elle s’adresse aux enfants du primaire et du début du collège, les textes pour adolescents étant publiés dans les collections Théâtre contemporain et Théâtre en traduction. Elle est aussi tout public.

Extrait du texte

Personnages
Chalipa, 8 ans
Sam, 13 ans
Nelson, 4 ans
Salvador, 14 ans
(et Ehsan, 12 ans – invisible sur le plateau mais bien présent)


5.

Retour au jardin.

Sam. - Je vais aller en prison.

Chalipa. - Il peut pas être si loin. Franchement, il a pas d’argent, il a pas de ticket de bus. Et puis babi est parti avec la valise. Y’en a pas d’autre à la maison. Ou pas si grande. En plus il connaît pas bien sa géographie, Ehsan. Il mange quasi que des nouilles au beurre. Et enfin, il sait dire quehello en anglais.

Sam. - Et donc ?

Chalipa. - Il est pas en Angleterre, ça c’est sûr.

Sam. - Je dois prévenir la police. Mais si j’appelle, ton père sera mis au courant. Et moi... Il faut qu’on le trouve. Où est-ce qu’il va d’habitude ? Je veux dire : dans la vie, il va où, il fait quoi, c’est quoi ses trajets à Ehsan ?

Chalipa. - Il va dans sa chambre.

Sam. - Mais encore ?

Chalipa. - Il descend les escaliers et là, direct, il va dans la cuisine. Il choure des trucs dans le frigo qu’il dévore. C’est un ogre. Et puis il remonte. Il fait ça toute la journée, tu verrais, j’ai mal à la tête : chambre-cuisine, cuisine-chambre, chambre-cuisine, cuisine-chambre, chambre-cuisine, cuisi-

Sam. - Mais entre la cuisine et la chambre, il va où ?

Chalipa. - Dans les escaliers.

Un tout petit garçon apparaît dans le jardin. C’est Nelson.

Nelson. - Je sais.

Sam. - C’est qui, ça ?

Nelson. - Moi je sais.

Chalipa. - Ah, salut Nelson ! (à Sam) Il habite à côté. Il sait compter jusqu’à dix. (à Nelson) Avec moi, Nelson : 1, 2, 3, 4...

Nelson. - J’ai pas envie. Non !

Sam. - Tu sais quoi ? Il sait quoi ?

Nelson. - …

Chalipa. - Tu peux lui dire, Nelson. Elle, c’est Sam. Sa-man-tha. Répète !

Nelson. - …

Chalipa. - Ehsan a disparu. Tu l’as vu ?

Nelson. - …

Sam. - Il a dit « Je sais ».

Nelson. - J’ai vu une fourmi un jour.

Chalipa. - Une fourmi ? Ah oui, c’est beau ça, les fourmis ! Et très intelligent. Ça a un QI de sumo !

Nelson. - J’ai vu une abeille aussi.

Chalipa. - Ah oui ? Génial, Nelson ! Mais ça pique. Faut faire attention, hein ! Sinon tu peux carrément gonfler et pouf ! direct tu t’envoles dans la lune et ciao goodbye la famille, tu es mort !

Nelson. - J’ai vu aussi une petite petite petite bête. À pois. Petite petite. Un bébé. Comme ça.

Chalipa. - Une coccinelle ?

Sam (à Chalipa). - Demande-lui s’il a vu Ehsan !

Chalipa. - Est-ce que tu as vu Ehsan, Nelson ?

Nelson. - Aussi, j’ai vu un papillon aussi un jour !

Sam. - Tu réponds ?

Nelson. - …

Un temps.

Sam. - Tu comprends ce que je te dis, moustique ?

Nelson. - J’aime pas les moustiques. Ça grattait les boutons sur mon bras une fois, les moustiques.
(désignant devant lui) Là.

Chalipa. - Quoi, Nelson ?

Nelson. - Là.

Sam. - Là, quoi ?

Nelson. - Lui.

Chalipa. - Dans le bunker ? Ehsan est dedans ? Tu es sûr, Nelsouille ?

Sam. - Dans le bunker ?

Nelson. - Ehsan il aime pas les fourmis lui. Il aime ?

Sam. - La trappe est fermée. Je l’ai fermée tout à l’heure. La clé est où ?

Chalipa. - Dedans.

Sam. - Comment ça, dedans ?

Chalipa. - Y’a qu’une clé. Si Ehsan est dedans c’est qu’il a pris la clé, et s’il a pris la clé alors la clé est dedans. C’est mathématique !

Sam. - Ça s’ouvre pas de l’extérieur, ce machin ?

Chalipa. - Ben non. C’est super solide ce bunker. Personne peut rentrer ! C’est garanti contre les attaques ! 100% costaud. Même pas une mini mouche tsé-tsé peut rentrer ! T’es bloqué. Quand t’es dedans, t’es sans soucis. Babi il dit : dedans, t’as le confort maximum avec le silence en plus. Comme dans une tombe. Les microbes, ils restent dehors. Ça t’évite d’aller chez le docteur.

Sam. - On peut pas vouloir s’enterrer ? On peut pas ! Il est peut-être en train d’essayer de sortir ?

Chalipa (à la trappe). - Ehsan fratello, t’es bloqué ?

Sam. - Ehsan, ouvre-nous ! Ehsan ?

Nelson. - Ouvre, ouvre, ouvre !


7.

Sam et Salvador sont dans la chambre d’Ehsan.
Assise sur le lit, Sam lit le carnet d’Ehsan tandis que Salvador fouille et farfouille dans la chambre.

Sam. - Je comprends pas.

Salvador. - Il a dû laisser un indice quelque part. Sur le net j’ai lu que tous les fugueurs laissent un indice de l’endroit où ils vont. Dans le fond ils veulent surtout qu’on les retrouve.

Sam. - Il est dans le bunker, Sal.

Salvador. - Et s’il n’y était pas ?

Sam. - Nelson l’a vu.

Salvador. - Nelson a quatre ans.

Un temps.

Sam. - Écoute ça. « 5 août : Une baleine à fanon de 14 tonnes s’est échouée sur une plage de Normandie, près du Havre. Elle a percuté deux bateaux qui lui ont causé des blessures mortelles. La mairie et la région se disputent à propos des frais d’équarrissage et d’incinération du cadavre. Les dents en ivoire de la baleine ont été volées par des braconniers. Les habitants disent que ça pue. La baleine est sur la plage depuis cinq jours. Définitivement : je ne suis plus chez moi ici. L’avenir est ailleurs. » Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce qu’il veut dire ?

Salvador. - Appelle son père, Sam.

Sam. - C’est le dernier paragraphe du carnet.

Salvador. - Et s’il était pas dans le bunker, imagine ?! S’il était tout sauf là ? Si on l’avait enlevé ?

Sam. - Il s’enferme dans un abri anti-atomique à cause d’une baleine morte ?

(…)

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