Une nouvelle collection, créée en mai 2009, qui accueille les écrivains déjà publiés, puis s’ouvrira à de nouveaux auteurs.

Extrait du texte

Mamamé
pages 20-23

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Mamamé a un chien. A vrai dire, avant ce n’était pas le sien. Non. C’était le chien de mes parents, mais mes parents, quand je suis né, ils ont préféré le lui donner parce que premièrement son chien d’avant était mort et que deuxièmement mes parents m’avaient eu moi et comme eux ils n’avaient plus vraiment le temps de s’occuper de lui (parce qu’ils m’avaient eu moi) et qu’apparemment je leur donnais beaucoup de travail, ils se sont dit que ce serait mieux de le lui donner. Résultat, mon chien est devenu le sien. C’est comme ça parfois, dans la vie, on change de vie. On change de famille. On pourrait croire qu’il allait être triste d’avoir été ainsi abandonné. Mais pas du tout. Il n’a pas été triste du tout. Au contraire. Je crois même qu’il est vachement plus heureux maintenant. Parce que Mamamé, elle est toujours là pour lui. À lui faire des caresses. À lui donner de l’affection. Même que des fois, quand je suis chez Mamamé, je l’envie la nouvelle vie de mon chien d’avant. C’est quand même bizarre, non ?

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-  C’est pas juste !

-  De quoi tu te plains encore ?

-  Le chien…

-  Et bien ?

-  Jamais tu l’obliges, lui, alors que pour moi, c’est tous les jours pareil…

-  Pour le chien c’est différent.

-  J’avais bien compris !

-  Prendre un bain c’est important !

-  Je préfère jouer.

-  Tu veux sentir mauvais ?!

-  M’en fiche !

-  Et les autres ?

-  Quoi les autres !

-  Ça peut les gêner.

-  Pas mon problème !

-  Ils n’oseront plus te parler.

-  Ça me fera des vacances !

-  Ils ne voudront plus t’approcher.

-  Ça me fera de l’air !

-  Ils se moqueront de toi !

-  Ça m’étonnerait bien !

-  Pourquoi ça ?

-  Le chien sent mauvais et pourtant tu lui fais des caresses à longueur de journée !

-  Très bien !

-  Où tu vas ?

-  Vider l’eau du bain…

-  Tu ne vas pas me forcer ?!

-  J’ai d’autres chats à fouetter !

-  Sérieusement ?

-  Absolument ?

-  Ni même demain ?

-  Et encore moins après demain !

-  Vraiment ! Tu n’insistes pas ?

-  Puisque c’est ce que tu veux ; être un chien…

-  Oui…

-  Alors tu as gagné !

Avec Mamamé, il n’y a jamais de cri, jamais de devoirs, jamais d’obligation et c’est vraiment ça qui est bien !

-  Qu’est-ce que tu fais, là, avec mon oreiller ?

-  Ce soir…

-  Oui…

-  Tu dors là.

-  Où… ?

-  Là.

-  Par terre ?

-  Sur le tapis du salon…

-  Mais mon lit ?

-  Avec le chien.

-  Tu plaisantes ?

-  Non.

-  Tu ne plaisantes pas ?!

-  Depuis quand les chiens dorment dans des lits ?

-  Mais moi…

-  Ce n’est pas ce que tu m’as demandé ?

-  J’ai juste dit que je ne voulais pas me laver…

-  Et pour le goûter, oublie les tartines de pain beurré…

-  T’es pas sérieuse là !

-  T’auras des croquettes.

-  C’est dégoûtant !

-  Le sucre, ça rend aveugle !

-  C’est bon.

-  Où tu vas ?

-  Prendre mon bain !

-  Tu ne sais plus ce que tu veux !


L’Ancêtre, début pages33-34

Quand l’Ancêtre est arrivé dans notre maison, il n’avait pas beaucoup d’affaires. Juste une toute petite valise de rien du tout. Ce jour-là, je me suis demandé comment toute sa vie passée pouvait tenir là-dedans ? Evidemment je n’ai pas osé lui poser cette question. Non. J’ai simplement dit « bonjour » comme maman me l’avait suggéré. Mais à cela, l’Ancêtre ne m’a pas répondu. Il est resté silencieux comme une pierre.

(…)

Pour me rassurer, maman m’a expliqué que c’était le dépaysement. Mais qu’est-ce que c’est ça le dépaysement ? Je me suis alors tourné vers papa qui m’a expliqué que c’était « le mal du pays ».

(…)

L’Ancêtre vient de loin.
Il a quitté son pays.
Pour venir ici, il a pris un avion.
C’était la Turkish Airlines.
Un aller sans retour.
Un départ pour toujours.
Car avant,
Il a vidé sa maison.
Il a vendu tous ses biens.
C’était le début de la fin.
Et maintenant…

(…)

L’Ancêtre est comme un étranger.
Un inconnu,
Dans sa propre famille.
C’est étrange…
Comment peut-on être étranger dans sa propre famille ?

(…)

Quand j’ai demandé pourquoi l’Ancêtre devait venir dans notre maison, papa m’a simplement répondu que c’était parce que là-bas, tout seul, il ne pouvait plus rester. J’ai trouvé ça normal. Par contre, j’ai trouvé injuste de devoir lui laisser ma chambre d’enfant. Mais je n’ai pas eu d’autres choix. Alors maintenant, je dors avec ma grande sœur, ce qui a tendance à poser des problèmes car d’une part, ma sœur n’est pas prêteuse, et d’autre part, je n’ai plus accès à ma chambre et cela afin de préserver l’intimité de l’Ancêtre.

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