Cette collection, créée en mai 2009, accueille des écrivains déjà publiés dans d’autres collections et de nouveaux écrivains. Elle s’adresse aux enfants du primaire et du début du collège, les textes pour adolescents étant publiés dans les collections Théâtre contemporain et Théâtre en traduction. Elle est aussi tout public.

Extrait du texte

La Nuit MêmePasPeur

Avec

MêmePasPeur
TouteVieille
ToutVieux
MinouGris
QuiRestentDehors
QuiReviennentLaNuit

1

MEMEPASPEUR
Il était une
Une petite fille et sa grand-mère TouteVieille
Il était une
Nuit et jour
Il était
Des gens qui
Qui dorment dans la chambre
Qui restent dehors dorment dehors
La nuit pendant que je dors
Moi la nuit même pas peur
Moi même pas peur des ombres des fantômes des QuiReviennentLaNuit

TouteVieille a un secret
Elle parle à ceux qui ont disparu
Ceux qui sont morts
Et QuiReviennentLaNuit
TouteVieille parle à ToutVieux
Moi je parle à MinouGris mon chat qui s’est sauvé par la fenêtre
Il s’est sauvé la nuit alors il revient la nuit
Et ToutVieux c’est la nuit aussi qui l’a pris
Une fois ils étaient
TouteVieille ToutVieux et MinouGris et QuiRestentDehors et QuiReviennentLaNuit
Et moi
_MêmePasPeur

2

TOUTEVIEILLE
Quand même ToutVieux tu pourrais mettre le manteau bleu que je t’ai acheté
Avec le froid qu’il fait
Et puis ne laisse pas la fenêtre ouverte
Il neige sur la couette

Tu as les doigts glacés
Mets-les sous l’oreiller
C’est comme du sent-bon
Je te respire à fond
Au fond du lit la nuit
Sans toi c’est long

3

MEMEPASPEUR
J’ai ouvert la fenêtre
Viens vite MinouGris
La neige fait des boulettes
Sur le tapis

Je me love de nuit
Viens vite MinouGris
Bijoux genoux joujoux blottis
Sous ma chemise de nuit
J’ai froid moi aussi

Pourquoi tu ne viens pas la nuit
Quand tout est endormi
MinouGris MinouGris
Je m’ennuie enfuie dans mon lit

Viens vite MinouGris
Réchauffer l’oreiller
De ma chemise de nuit


Petite Poucet

Pièce pour acteurs mais aussi, selon les options de mise en scène, voix, marionnettes, cinéma & chorégraphie.

Trois.
Six Sœurs et Petite Poucet

Plateau nu.
La lumière baisse.

« À quoi ils servent tes cailloux.
À faire le chemin.
T’iras pas loin avec sept cailloux.
Si. Avec sept j’irai partout. »

— T’es trop zarbi.
— T’es trop tout.
— D’où ils sortent ces cailloux.

— Je les ai volés. Dans la jardinière de maman. Les cailloux de la rivière de l’été, on pouvait encore pas se baigner, à cause qu’elle était trop froide, qu’on risquait l’embellie. Vous avez déjà oublié, ou quoi ? Urtica a pleuré, Yacinthe a fait la gueule, Iris a râlé, Ellébore a insisté, Acanthe a demandé son avis à papa, papa a déclaré que maman n’avait pas tort.
Moi j’ai pas oublié.
Voilà les cailloux, j’ai pris que les blancs, les autres m’intéressent pas du tout.
Les blancs, on les voit même la nuit.
C’est important de pas oublier. C’est comme les épinards pour Popeye. Ça rend encore plus forte.

« À quoi ils servent tes cailloux.
À faire le chemin.
T’iras pas loin avec sept cailloux.
Si. Avec sept j’irai partout. »

Quatre.
Mère – Petite Poucet

À table.
Lumière artificielle.
La porte est fermée.

— Finis ta soupe. Après il y a du foie de crocodile. Et de la compote de fourmis.
Je t’ai préparé ton col roulé rose, ta jupe kaki et tes collants en laine pour demain matin. Et tu mettras un bonnet. Et je t’ai fait un mot pour la piscine. Il fait trop froid pour aller nager par ce temps. Je ne veux pas que tu attrapes une otite. Dépêche-toi un peu. Tu es vraiment trop lente pour manger. Tu fais traîner. On n’attend pas papa, il rentre tard. C’est une bonne grosse soupe, avec de bons conseils pleins de bonnes obéissances, je l’ai cuisinée spécialement pour toi. Pourquoi es-tu si lente, mon Poucet. Et tu as encore oublié de fermer la porte. J’ai trop de patience avec toi. Je suis capable de te mettre au lit sans dessert. Mange ton foie. Ne fais pas la grimace. Une bonne guerre - évidemment tu ne sais même pas ce que c’est.

— Et toi maman ?

— Quoi moi ?

— La guerre, tu sais ?

— Non

— Enfin qu’est-ce qui te prend ? Je le sais c’est tout. Je l’ai appris. Par cœur. Avec des claques s’il fallait. Mais aujourd’hui il n’y a plus - Enfin bon.

— Moi je sais très bien la guerre. Je sais très bien tous les jours.

Mère éclate de rire

— Tu ne devrais pas rire. C’est triste à pleurer la guerre.

Mère se met en colère

— Allez ouste au lit. Ça t’apprendra à faire la difficile et l’insolente.

Cinq.
Petite Poucet & Six Sœurs

Plateau nu.
Dans l’obscurité.
La porte est ouverte.

Acanthe
— J’ai fait du roller sur le parking du supermarché, on se faufilait entre les voitures, leurs phares nous éclairaient.
— On t’a pas grondée ?
— Non. Ma mère a dit : il fait vraiment trop nuit, tu prendras ma lampe frontale la prochaine fois.

Ellébore
— J’ai joué sur la game boy tout l’après-midi et j’ai descendu 36 spiders, 48 monsters, 67 zombies, 141 naufragés.
— On t’a pas grondée ?
— Non, c’est un jeu, on gronde pas les enfants qui jouent.

Iris
— J’ai pris un bain moussant j’ai vidé tout le flacon, y en avait partout sur les carreaux les murs la porte.
Rires
— On t’a pas grondée ?
— Pour de la mousse ?
Rires

Orchis
— J’ai pris des nuggets un coca un milk-shake au caramel.
Ma mère aussi adore les milk-shakes, mais elle, elle préfère à la vanille.
— On t’a pas -
— N’empêche c’est écoeurant !
Rires

Urtica
— Je suis allée à une pyjama-party avec les grandes, et j’ai bu du champomy.
Rires
— Moi mes parents me grondent jamais.

Yacinthe
— Je suis restée au lit toute la journée, j’ai mangé dans le lit, j’ai renversé mon chocolat, il a fallu changer les draps. Mes parents aussi sont restés au lit, et le soir on a commandé des pizzas. C’était la fête.
Rires

—Et toi ? Oui alors toi comment c’était toi ? Toi Toi Toi Toi Toi ?
— Je me souviens plus.
— Pas vrai. T’as joué à quoi ? T’es sortie ? T’as vu un dvd ? T’es disputée avec tes soeurs ? Allée voir tes grands-parents ? Mangé une glace ? T’as perdu ta langue ? Pourquoi t’es triste ? Pourquoi tu racontes jamais ce que t’as fait le week-end ? Hein toi ? Avec tes cailloux ? À quoi ils servent tes cailloux ? Caillou caillou ! Qu’est-ce tu dis toi le caillou ? Caillou caillou caillou caillou…

Rires

« À quoi ils servent tes cailloux.
À faire le chemin.
T’iras pas loin avec sept cailloux.
Si. Avec sept j’irai partout. »

Petite Poucet
Le premier est pour l’aînée, Acanthe. Le deuxième pour la deuxième, Ellébore. Le troisième pour Iris. Le quatrième pour Orchis. Le cinquième pour Urtica. Le sixième pour Yacinthe. Le dernier, le plus petit, est pour moi. C’est le septième caillou et j’ai 7 ans. Après sept, plus rien possible, huitième caillou existe pas. Un deux trois quatre cinq six sept. Huit trop loin, huit pfuitt. Je dois me dépêcher.

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