Éditions Espaces 34

Théâtre contemporain

Textes d’aujourd’hui pour le théâtre. Ces publications sont régulièrement soutenues par la Région Languedoc-Roussillon, et depuis 2003 par la SACD.

Extrait du texte

En ce temps-là.
Dans ce coin-là.
Dans ce coin de la maison.
Dans un endroit de la maison.
La maison et ses endroits.
Des endroits précis.
Quelque chose.
Des endroits.
Des fenêtres ouvertes.
Des portes fermées.
Peut-être des odeurs.
Odeur de printemps.
Temps de printemps.
Je ne me rends pas compte.
Ce qui a lieu.
Car qui a parlé ?
Car qui a crié ?
En ce temps-là.
Ce qui arrive et ce que l’on dit.
Ce que l’on voit.
Ce que l’on oublie.
C’est arrivé.
Il est arrivé quelque chose.
Qui peut le dire ?
Qui peut parler ?
Ce qui est devant et ce qui est derrière.
Dans ce coin de la maison.
Un endroit, c’est très simple.
Ou quelques endroits.
Des endroits précis.
Avant et après.
C’est dans le lit.
La mère se couche souvent dans le lit.
La mère peut se coucher souvent dans son lit.
Dans son lit l’après-midi.
Un coin du lit.
Les odeurs du lit.
L’enfant a ses odeurs.
Comme son lit.
On peut voir souvent la mère dormir dans son lit.
Il faut dire : l’après-midi.
Le lit de ma mère.
Ma mère quand elle ferme les yeux
Ma mère a fermé ses yeux.
Ma mère a fermé ses yeux pour dormir.
Ma mère peut fermer ses yeux.
L’après-midi.
Et c’est le lit de ma mère.
Je ne vois rien.
Je n’ai pas vu la mère se mettre au lit pour dormir dans l’après-midi.
Je n’ai pas vu la mère se coucher et s’endormir.
C’est seulement l’après-midi.
Bien avant que la nuit tombe.
Avant.
Je n’ai pas entendu la mère dire qu’elle allait dormir.
Je n’ai rien entendu de la part de la mère.
Je n’ai pas fait attention à la mère qui peut décider dans l’après-midi d’aller dormir dans son lit.
Dans la chambre de la mère.
Je ne suis pas dans la chambre de la mère.
Je n’entends rien dans la chambre de la mère qui va peut-être se décider à dormir.
Je ne me rends compte de rien.
La chambre de la mère est calme.
Il n’y a jamais de bruit dans la chambre de la mère.
Tout est normal dans les chambres de la maison.
Dans la maison, en plein après-midi, c’est souvent silencieux.
Normal.
Des chambres calmes.
Quelques endroits.
La mère est quelque part dans la maison calme alors que l’enfant ne fait pas attention.
Des chambres claires.
Des chambres de l’après-midi.
La chambre de la mère est calme peut-être parce qu’elle a décidé de dormir.
Je ne sais plus.
Je ne peux pas savoir.
Je ne peux pas me souvenir.
Je ne veux pas me souvenir.
Je ne veux rien.
La chambre est calme et claire et il y a forcément des jouets.
La chambre des jouets de l’enfant et son lit.
Odeur de chambre.
Odeur du coin où l’enfant s’écoute.
Odeur de l’enfant.
Et de l’autre côté la chambre de la mère et son lit et la mère qui est certainement dans son lit et qui doit certainement dormir et si elle dort tout est finalement silencieux dans la maison éclairée.
Qu’est-ce qui a vraiment eu lieu ?
Sur le moment même.
Dans la maison.
En ce temps-là.
Quelque chose.
Le calme.
Un coin.
L’après-midi.
Odeur qui entre par la fenêtre, peut-être ouverte.
Je ne sais plus.
Les jouets sur le sol.
Les jouets dispersés sur le sol de la chambre de l’enfant qui n’entend pas sa mère s’endormir.
Le temps passe et c’est d’abord l’après-midi.
Je n’entends pas ma mère fermer ses yeux.
Je n’entends pas ma mère qui s’écroule dans le sommeil.
Je n’entends rien.
J’entends le son de ma voix.
Je m’écoute.
Je parle et je m’écoute parler.
Les jouets sont étalés sur le sol de la chambre éclairée.
Et la mère a décidé de dormir.
L’après-midi la mère peut normalement décider de dormir.
En plein après-midi.
C’est possible.
Je n’entends rien.
Juste à côté.
La chambre d’à côté.
La chambre aux volets fermés.
Je ne sais pas.
La mère a-t-elle fermé les volets quand elle a décidé de dormir.
Je n’entends pas le bruit des volets qui se ferment.
Je n’entends pas la mère s’endormir.
Je n’entends rien.
Je suis avec ma voix et les jouets dans la chambre éclairée.
Il y a peut-être ces volets fermés dans la chambre de la mère qui veut dormir.
La chambre de la mère endormie.
La chambre sombre.
Peut-être.
Pourquoi pas ?
L’après-midi, pourquoi pas ?

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