Textes d’aujourd’hui pour le théâtre. Ces publications sont régulièrement soutenues par la Région Languedoc-Roussillon, et depuis 2003 par la SACD.

L’homme brûlé

ISBN : 978-2-84705-155-1
EAN : 9782847051551

13x21cm, 144 p., 16 €
Publié avec le soutien du Centre national du livre, et de la Région Normandie, de la Drac et du Centre national du livre au titre du FADEL Normandie
2 hommes, 3 femmes, chœur

2017

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Anton vit avec Léna, sa femme, institutrice, et Boris, son fils, étudiant, dans le Petit Village, à quelques kilomètres de la Grande Ville. Boris sort avec Alice, la fille de Madame la Maire, une amie de Léna. Ils font partie de la classe moyenne d’Europe occidentale, pourvue de biens et de travail.

Quand, devant la maison d’Anton, un lotissement se construit, lui coupant la vue sur le paysage vallonné, Anton sent son univers basculé. Il observe ceux qui s’installent – des étrangers semble-t-il. Sa femme cherche à organiser un voyage scolaire à Auschwitz, Boris et Alice à organiser un Ciné-Drive et lui, Anton, craint un licenciement. Incidemment, il se laisse séduire par les discours d’extrême droite et, comme investi d’une mission, se présente avec le soutien de son parti aux élections municipales face à Madame la Maire…

La pièce démonte les mécanismes insidieux qui peu à peu amènent un individu à faire siennes des idées extrémistes et racistes. Elle dénonce les abandons successifs des pouvoirs en place, des lâchetés et des égoïsmes quotidiens. Et s’interroge : de quelles armes disposons-nous pour lutter contre ces discours et ces dérives ?

Extrait de presse

« Pour la première fois, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, 90 députés de l’AFD (alternative pour l’Allemagne) font leur entrée au Bundestag. Ce parti récent, d’abord anti-Europe, s’est affirmé peu à peu comme hostile aux entrées de migrants sur le territoire fédéral, à la suite de la politique « ouverte » de la Chancelière, réaffirmant aussi des valeurs « germaniques ».

D’une certaine manière, la pièce de Christophe Tostain, L’homme brûlé, témoigne du climat mortifère qui s’étend sur le Vieux Continent et des électorats favorables au rejet des « étrangers ». En ce domaine, il s’agit non seulement du cas allemand mais aussi des politiques menées en Hongrie, en Pologne ou de la percée d’organisations proches du néo-nazisme comme Aube dorée en Grèce.

Les personnages de la pièce d’ailleurs ont des prénoms qui ne s’inscrivent pas dans un seul territoire onomastique : la famille avec le père Anton, son épouse Léna, et leur fils Boris pourraient être russes tandis que l’amoureuse de Boris s’appelle Alice. Nous sommes seulement quelque part en Europe, dans un « Petit village » relié par autocar à « une Grande Ville », parfois les personnages entre eux usent de mots anglais pour s’adresser à l’autre : « mother, Johnnie ».

En revanche, l’auteur définit sa pièce comme une forme classique : il la construit en cinq actes à la manière des grandes tragédies ; il met en place un chœur (…) Enfin, il crée Zeus, chef de file d’un groupe d’extrême droite qui, sans être une incarnation scénique, endosse un rôle essentiel dans la pièce d’abord en tant que recruteur du père de famille, Anton, et à la fin en tant qu’ange exterminateur. (…)

En vérité, la fable antique de l’enlèvement d’Europe agit comme un miroir poétique au réel contemporain et à sa représentation dans l’écriture dramatique. (…)

Tout ceci relève de la violence du sexe et du pouvoir. Dans la pièce, le personnage de Zeus en quelque sorte kidnappe idéologiquement Anton déjà fragile en homme middle class et amateur de foot, qui à son tour entraînera la jeune Alice dans son sillage, faisant d’elle une alliée zélée à la mairie. (…)

L’auteur réinvestit à la fois l’abjection des lois anti-juives durant l’Occupation avec leurs imbéciles impératifs de plus en plus contraignants et toute une rhétorique xénophobe détournant par exemple l’injure « melons » en « pastèques », évoquant les odeurs, le bruit de ceux « qui ne sont pas d’ici nationalement parlant », afin de « délocaliser la vermine ». (…)

En fin de compte, c’est peut-être le personnage de Léna, l’institutrice, mère de Boris et épouse d’Anton, qui seule reste digne jusqu’à la solitude et la folie, dans la pièce. Léna, la petite-fille d’un juif déporté à Auschwitz qui se raccroche à la lettre de cet homme. Une lettre contre tous les discours. Le récit contre les dialogues. Vains.

L’homme brûlé est en somme une traversée tragique dans la nuit de L’Europe, dans la nuit de la parole dévoyée. »

[Marie Du Crest, La Cause littéraire, 18 octobre 2017]

Vie du texte

Création dans une mise en scène de Christophe Tostain avec Delphine Dupin, Malika Labrume, Kévin Lelannier, François Xavier Malingre, Elisabeth Tual, au Théâtre de l’Archipel à Granville (50), puis au Théâtre de Lisieux le 3 mars 2017.

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