Textes d’aujourd’hui pour le théâtre. Ces publications sont régulièrement soutenues par la Région Languedoc-Roussillon, et depuis 2003 par la SACD.

Le camp des malheureux, suivi de La Londonienne

ISBN : 978-2-84705-132-2
EAN : 9782847051322

13x21cm, 64 p., 12,80 €
deux monologues de femme, ou choralité

Publié avec le soutien de la Région Languedoc-Roussillon et de la Sacd

2015

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Londres est au cœur de ces deux textes, Londres et son magnétisme nocturne, marin, rock... Londres, clivée entre ses quartiers élégants et ses vieux stades pourris, entre son passé punk et son présent chic and clean.

Le Camp des malheureux : un lendemain de cuite, Morgane Poulette rencontre Thomas Bernet – héros de séries télévisées – et, malgré la fatigue et la mauvaise mine, ils se lancent dans une relation faite d’attirance et de fuites, de hantises et d’errances.

La Londonienne  : brutalement en deuil, Morgane Poulette, chanteuse du groupe Pain and Fury, traîne et abuse d’alcools forts. Tandis qu’elle part en tournée avec son groupe de rock, la rage qui l’habite se révèle aussi de l’inspiration en puissance.

Extrait de Presse

« (…) l’écriture est libérée de tout ce qui serait plan, méthode et objectif. On sent qu’elle suit un personnage, plutôt qu’elle ne le dirige. Qu’elle cherche, qu’elle se promène, qu’elle s’autorise l’égarement. Qu’en dehors de son rythme extrêmement régulier, qui donne à entendre quelque chose comme les pulsations d’un cœur, elle ne répond pas à des règles. On sent qu’elle vient d’un endroit du cerveau qui n’est pas celui de l’ordre, ni même de la pleine conscience. Qu’elle vient de la nuit, des organes, de la bile.

(…)

Fayner allégorise ici l’expérience intérieure de Bataille : « ce voyage au bout du possible », au cours duquel l’homme parvient à dépasser ses limites, au cours duquel sa texture surgit soudain hors de lui. Il la personnifie et la sort ainsi de la transe dans laquelle Bataille l’a enfermée. Mais Morgane est menée exactement au même endroit que le sujet bataillien : au point de fusion entre intérieur et extérieur. « L’expérience intérieure, c’est jouer l’homme ivre, titubant, qui, de fil en aiguille, prend sa bougie pour lui-même, la souffle, et criant de peur, à la fin se prend pour la nuit ». L’expérience intérieure, on l’aura compris, dilate la corporéité et lui fait atteindre une dimension cosmique. L’homme devient la nuit, et rejoint les étoiles. Au désespoir du désintoxiqué qui prend conscience qu’il n’est pas tout, Bataille oppose un mouvement de ravissement et de complétude dans le cadre duquel il se fond dans l’univers. C’est ce qui est décrit dans la deuxième partie du texte de Fayner (…)

Il y a une dimension eschatologique dans ce camp, et c’est elle évidemment qui contribue à produire cette sensation d’œuvre tout à fait achevée. »

[Leïla Adham, extrait de la conférence « A l’écoute des écritures contemporaines, 14 avril 2015]


« Dans une langue proprement extraordinaire, Thibault Fayner nous entraîne ainsi sur ces sentiers, où le désespoir de la classe ouvrière anglaise finit par se transformer, après que l’on a définitivement perdu toute dignité, en puissance créatrice. Notre guide se nomme Morgane Poulette, chanteuse-zoneuse. (…) »

L’élément narratif de ces textes « sert surtout d’arrière-plan au déploiement magistral de l’écriture de Thibault Fayner. Celle-ci semble en effet ne jamais vouloir approcher de trop près ses personnages, comme si elle se refusait à ces gros plans qui tentent d’universaliser artificiellement l’émotion, pour mieux donner à voir le mélange singulier de force et de vulnérabilité qui les anime.

Aucun discours qui soit véritablement direct, donc, aucune parole qui émane de l’un des personnages principaux, ou même de quelqu’un qui soit explicitement désigné. Le Camp des malheureux est ainsi, pour sa première partie du moins, rythmé par des « Ses amis disent qu’il/elle… », tournure d’une simplicité déconcertante, mais qui permet l’instauration d’un remarquable équilibre entre pudeur et intimité. (…)

L’important semble d’être d’atteindre ce point de non-retour, là où la force brute du réel et de la mort ne laisse à chacun que la douleur d’avoir tout perdu, ainsi que la rage de n’avoir ainsi plus rien à perdre. »

[Justin Winzenrieth, Le Souffleur, 6 novembre 2015]


« Le Camp des malheureux et La Londonienne se suivent et composent un diptyque.

Dans le premier texte, Morgane Poulette, chanteuse de rock, s’égare dans l’alcool et
la drogue, au point que ses amis s’éloignent d’elle. Elle erre dans le Londres nocturne
et punk, misérable. Cependant, de façon inexplicable, une vedette de séries télévisées,
Thomas Bernet, s’éprend d’elle et se fait attirer dans sa nuit. Elle trouve l’inspiration
dans son enfer. Il y perd la vie.

Dans le second, la chanteuse du groupe Pain and Fury est endeuillée. De sa rage et de sa fureur, elle compose toujours et parachève sa légende. Avant de trouver l’amour. »

[L’Avant-scène Théâtre, n°1396, 15 janvier 2016]


« Les Editions espace 34 réunissent en un seul volume deux textes de Thibault Fayner, deux textes qui en quelque sorte se suivent au sens strict du terme puisque nous retrouvons Morgane, Poulette la chanteuse, et Thomas Bernet, l’acteur dans le second, selon le principe du retour des personnages et du prolongement de leur existence avec à nouveau le décor londonien. Pourtant chacune de ces pièces conserve sa trajectoire, et son écriture propre.

Le Camp des malheureux constitue l’entrée dans l’œuvre : le texte dès ses premières lignes se donne comme un récit de voix. Ici nul personnage théâtral construit sur des dialogues, des répliques. Thibault Fayner introduit quelque chose d’incertain, d’instable autour des figures. Le verbe dire revient sans cesse en tant que matière première textuelle (…)

La Londonienne en cinq brefs chapitres réintroduit le couple du texte précédent et débute sur un registre tragique. Nous apprenons la mort de Thomas à travers un récit comme le théâtre racinien l’a porté jusqu’à l’incandescence. Thomas ne serait-il pas un contrepoint d’Hyppolyte cité dans le texte de Th. Fayner dans un cadre marin ?

Cette fois-ci, la parole est rapportée au style direct, entre guillemets comme dans un roman (…)

Peu à peu s’opère un glissement entre les deux textes : après le dire, s’impose le voir.

L’anaphore de « Tu vois et tu revois » compose le flash-back, le retour à la jeunesse de l’héroïne. Entrecroisement des funérailles de Thatcher, le mouvement de grèves des mineurs contre les mesures terribles du Premier Ministre britannique et le concert d’Iron Maiden à Rio. La musique d’ailleurs occupe une place grandissante : liste des chansons écrites par Morgane, évocation de son groupe Pain and Fury, en tournée en Suède et en Irlande. Le monde loin de Londres, sur la petite île de Groix mais pourtant toujours Londres encore, comme un aimant, comme un baiser voluptueux. Et cosmique.

Pour une approche universitaire des textes de Thibault Fayner, on peut se reporter aux travaux de Sandrine Le Pors, Le Théâtre des voix, aux Presses Universitaires de Rennes, 2011. »

[Marie Du Crest, La cause littéraire, 1er mars 2016]

Vie du texte

Prix 2016 décerné par la revue Le Souffleur, lors de sa 23e cérémonie, Théâtre de l’Opprimé, Paris, 15 juin, pour La Londonienne.


Recueil sélectionné par le comité de lecture du Théâtre National de Strasbourg en 2016.
Lecture avec la participation des élèves du TNS le 25 février 2017.


Sous le titre Morgane Poulette, Anne Monfort propose une adaptation du diptyque en 2017 :
— Festival des Caves : mai-juin
— dans le cadre du festival Crash test au Grand Parquet (Paris) pour La Londonienne le 25 mai
— Théâtre Le colombier à Bagnolet du 9 au 22 octobre

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