Textes d’aujourd’hui pour le théâtre. Ces publications sont régulièrement soutenues par la Région Languedoc-Roussillon, et depuis 2003 par la SACD.

Ma plus grande pièce c’est dehors

ISBN : 2-84705-036-1
EAN 9782847050363
13x21 cm, 88 p.,12 €
Ouvrage publié avec le soutien de la Région Languedoc-Roussillon et de la SACD.

2008

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Ancré dans la terre, au plus près des gens, ici lors de la construction d’une ligne TGV, le texte de Claire Rengade donne libre cours à une parole qui reflète pensées et réflexions. La parole dit le quotidien et le politique, une certaine réalité sociale aussi mais sans réalisme.

Les personnages, s’ils ne sont pas nommés, existent et se distribuent naturellement à la lecture.


« J’écris ce texte en immersion sur le chantier de la ligne TGV-Est, en Meuse et Meurthe-et-Moselle (environ 40 km de lignes et une vingtaine de communes).
Pour écrire je vais au monde dont je parle, pour me mettre en situation corporelle et verbale du site. C’est une obsession pour moi que la parole à l’état brut.

J’ai suivi le chantier sur deux années, en allées et venues régulières, je suis montée dans les engins, j’ai vécu chez l’habitant, j’ai pris les trains d’essais, j’ai assisté aux rencontres politiques et techniques, pour baigner dans un verbal professionnel et personnel. Je sédimente sur ce chantier : phénoménal, rapide, il brasse des métiers en pagaille, il enserre les hommes dans une machine à construire la machine.

J’ai toute une cuisine avec l’oral.
Je fais des relevés sur le territoire par exemple, je prélève des modules de paroles que j’expérimente, j’écoute où ça respire, où ça se trompe, comment le texte est remplacé par un geste, comment les lapsus et les répétitions construisent leur propre grammaire, ou comment les mots sont évités, jargonnés, codés. J’ai un passé d’orthophoniste qui n’y est pas pour rien dans mes obsessions.

Je relève le flux d’un locuteur dans différentes situations, je note à quel moment le corps entre en jeu, c’est-à-dire à quel moment on passe du discours à la parole.
Je veux écrire en conscience, des empreintes verbales qui soient une manne pour les acteurs, que le texte les embarque dans une parole qui les déborde, qu’ils aient plus à la dompter qu’à la déclencher.

Il n’y a pas de personnages mais des personnes, des locuteurs saisis dans une matière verbale. Chaque locuteur est individualisé pas des ancrages de parole, ainsi on peut par exemple distinguer celui qui "ne sait pas" de celui qui "a rêvé", cela inscrit un support verbal sur lequel le comédien travaille.
Certains textes sont dits seuls et d’autres à plusieurs. C’est invisible directement sur la page mais comme on lit seul, on voit que la parole se distribue d’elle-même, si on écoute de l’intérieur, la parole est adressée ou non, échangée ou non. C’est pour cette raison aussi que je ne distribue pas, pour que les acteurs, le metteur en scène, les lecteurs trouvent en eux cette nécessité de distribution.
Certains textes peuvent se soliloquer à plusieurs, d’autres sont forcément personnels, et d’autres sont forcément échangés, c’est une évidence.

J’écris en rond, ainsi sont les images. Ils sont écrits dans un tout, chaque bloc représentant le lieu de la parole, l’image globale, ou la température, comme en musique. Pour le moment, je rends compte par écrit d’un rythme global sous forme de chapitres.

S’il est difficile d’avoir une conscience du tout de prime abord, il est possible d’avoir une conscience du tout à l’intérieur de chaque chapitre. Prière de lire en rond, c’est de l’oral, ça avance, ça ne pense pas au mot à mot, même si chaque mot est à sa place, j’écris à l’échelle de l’image, pas de la mélodie. C’est un texte qui va vite.
Et qui parle de la vitesse.
Il faut que les locuteurs soient en lutte avec la machine.
La machine, au sens global, le système, le je ne sais quoi qui nous fait courir, progresser, monter, avoir la sensation de mettre notre vie en retard.
Il faut avoir de l’oreille pour lire-dire ce texte.
Et des dents. Je cherche le physique des locuteurs, ça passe par la voix.
Je n’écris pas la ponctuation, parce que l’oral se ponctue ailleurs.
Ce n’est pas une coquetterie.

Durant ces deux années de chantier, j’ai pensé aux cathédrales sur les gravures, plein de petits personnages en fourmilière qui déplacent de la matière, sauf que pour les cathédrales il nous fallait cent ans.
Et là, en trois ans, on a construit, la trace de la ligne, l’emprise comme ils disent, dans un paysage tellement bien retravaillé qu’on ne voit plus la place qu’il a fallu pour la faire. Je pense qu’il faut beaucoup de comédiens pour ce texte, et surtout des musiciens très présents. Il y a en tapis un rythme obsédant, implacable.
Je cherche comment ça s’écrit.
Je pars en fiction dans des temps brassés, recrachés par la terre qui a une mémoire, je me promène dans une architecture fantastique où se côtoient les dinosaures, les obus et Jeanne d’Arc ressuscitée. »

Claire Rengade

Extraits de presse

« La matière première de ce texte, c’est sa langue, son oralité, son souffle, son flux, une matière dont il faut se laisser traverser. Le texte ne comporte pas de ponctuation ni de distribution, juste une didascalie au début de chacune des trente séquences, histoire de lancer quelques pistes.

Il faut mâcher cette matière, l’entendre, la décortiquer pour que naissent des voix, des figures : ceux qui travaillent sur le chantier, ceux qui regardent le chantier changer le paysage, les morts d’un cimetière que l’on déplace... (...)

Une des belles surprises de cette pièce qui maintient le lecteur en alerte, c’est de constamment décaler le réel. Apparemment, Claire Rengade adore la bascule entre réalisme et onirisme. La description du forage peut ainsi ressembler à une séquence de science-fiction, dans un monde en fusion, irréel, fascinant et dangereux.

Au final, cette pièce est une forme très novatrice entre théâtre, poésie et reportage. Un flux impressionniste, parfois dense, touffu, ardu, mais qui sonne, résonne, jubile. Une vraie belle surprise d’écriture. »

[Laurence Cazaux, Le Matricule des Anges, n° 99, janvier 2009]


« Votre pièce (...) exige, je ne vous l’apprends pas, un véritable effort de la part du lecteur (...) Mais une fois dépassée cette contrainte stimulante, (le lecteur est acteur) il paraît évident que ce texte est très riche, très bien documenté et que des êtres vrais s’y expriment. Porté par un souffle très puissant, un univers insoupçonné se dévoile peu à peu, comme les strates d’une mythologie inscrite dans le paysage des hommes et le plaisir de la lecture ressemble à la satisfaction de résoudre une énigme, d’entrevoir des possibles.
Et puis, il y a une écriture qui nous rend le texte très proche, humain, presque sensuel. »
[Comité de lecture du Panta Théâtre, Caen, avril 2008]


« Très épatant cette manière poético-documentaire d’amener dans l’espace du plateau de théâtre le dehors, l’air, la boue, la forêt et surtout pas (et le tour de force est là) par la description ou la narration ou un quelconque artifice technologique mais par la langue, par la poésie, par l’épaisseur du mot, son rythme, sa matière. Par le style donc. Et le style fait l’écrivain.
Ce style qui ici rend perceptibles les lignes d’une vallée, le tracé d’un bulldozer, le grain d’un béton mais aussi toutes ces voix humaines qui parlent de cette terre bouleversée.
C’est un texte avec des gens dedans. Avec le travail des gens. Avec toute une humanité (j’ai pensé à Dumont et à Depardon côté cinéma) pour qui Claire Rengade éprouve/écrit un amour profond. Amour des gens, amour du réel, amour du paysage. Et il n’y a que la force de la littérature pour rendre ça.
[Philippe Labaune, octobre 2008]


« La qualité poétique profonde du langage nous a touchés, témoignant d’un authentique regard porté sur la vie rurale et sa transformation par la mécanisation du monde moderne.
(...) Tout se tient dans la parole, et ces fragments de langage et d’imaginaire - sans errance psychologique aucune - donnent une existence forte et concrète aux personnages-locuteurs.
A la manière d’un photographe fixant le monde sur la pellicule tout en s’étonnant du décalage avec ce qu’il voit une fois l’épreuve entre les mains, ce décalage entre écoutes subjective et objective est extrêmement intéressant : les ellipses, les silences, sont également producteurs de sens. »
[Laure Hémain, comité de lecture du Théâtre National de la Colline, Paris, 2009]

Vie du texte

Lecture d’extraits par Claire Rengade lors de la rencontre organisée par Aneth à la médiathèque de Brétigny-sur-Orge, le 30 janvier 2009.

Lecture proposée par le Tanit Théâtre et dirigée par Isis Louviot avec Virginie Lacroix, Eric Louviot, Gilles Masson, Christophe Tostain, Lisieux, les 6 et 7 mai 2010.

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