Essais et pièces rendant compte de la grande variété de formes du théâtre du XVIIIe siècle

Le Triomphe de l’intérêt

EAN : 9782847050288

13x21 cm, 128 p., 14 €.
Fac-similés des partitions musicales
Ouvrage publié avec le soutien du Centre national du livre
12 personnages (hommes, femmes, variables)

2007

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Présentation de Martial Poirson.

Musique de Jean-Joseph Mouret (23 pages en fac-similés).

Représentée avec grand succès à la Comédie-Italienne en 1730 dans une mise en scène fastueuse, Le Triomphe de l’Intérêt peut être considéré comme une comédie allégorique, genre particulièrement en vogue entre la fin du XVIIe siècle et la première moitié du XVIIIe siècle. Celle-ci - fondée sur le travestissement burlesque du merveilleux mythologique et chrétien, la parodie des formes dramatiques et lyriques ainsi que sur la satire sociale et politique de son temps - est un véritable théâtre des idées.

Mélangeant des genres et des modes d’expression, Le Triomphe de l’Intérêt est construite en courtes scènes faisant intervenir des caractères épisodiques (tels Arlequin, Phèdre, La Banqueroute) qui s’adressent à Mercure, représentant de l’Intérêt opposé à l’Honneur.

La pièce propose, outre des airs connus, des compositions musicales originales de Jean-Joseph Mouret (1682-1738), prisé tant par le public de l’Académie royale de musique pour ses opéras allégoriques que par celui de la Comédie-Italienne pour ses parodies musicales, et s’inscrit ainsi dans ce que l’on pourrait appeler un « théâtre en musique ». Partitions des airs, vaudeville et divertissement sont reproduits en fin de volume.


Synopsis

Mercure, de peu d’utilité dans les Cieux vieillissants, décide de proposer ses services à l’Intérêt qu’il s’en va chercher logé dans son « Palais de financier ». Il le trouve tel qu’en lui-même, au sommet de sa gloire, régnant sur l’ensemble du genre humain. Il obtient même que Mercure rengorge sa satire et se lance dans un faux panégyrique à son intention. Mais il est contraint à sortir de sa torpeur par l’annonce d’une guerre prochaine l’opposant à la coalition de l’Honneur et de la Vertu, qui sont en train de rassembler non loin du palais leurs derniers et fidèles partisans.

Il sort alors pour organiser ses propres troupes et les préparer à repousser l’assaut, confiant à Mercure, en qualité de « substitut », le soin de recevoir en son absence les mortels susceptibles de se présenter pour lui demander audience et de leur faire les honneurs de la maison.
Se succèdent alors une série de caractères épisodiques : d’abord Fanchon, jeune grisette qui n’aspire qu’à devenir une grande actrice, c’est-à-dire une « princesse », sans pour autant renoncer à la vertu ; Mercure lui conseille de choisir la Comédie-Française, où « [l]es places sont vacantes », de préférence à l’Opéra, en profitant de cet « inter-règne » si propice à la fortune, non sans prendre la précaution de s’assurer le soutien d’un homme qui « nage dans l’opulence ». Cet adjuvant annoncé se présente alors dans la personne de Jacquin, caissier, qui accepte d’être son protecteur et son bienfaiteur, mais seulement si elle choisit l’Opéra, qu’il révère. Le contrat est aussitôt établi, sous le haut patronage de Mercure.
C’est bientôt au tour de David, « [c]ommerçant de profession, / Et Juif de Nation », de solliciter l’assistance de l’Intérêt pour se libérer d’une dette de trois millions qu’il n’a pu payer à échéance ; et de se voir présenter à la Banqueroute, donzelle qui a élu domicile chez l’Intérêt, et qui lui propose, après force galanteries, non seulement de solder la dette, mais encore de lui assurer une fortune considérable au moyen d’un triple naufrage qu’elle se proposer de déclencher.
C’est alors au tour de Phèdre de se plaindre de la tiédeur de son amant Hippolyte, qui n’en a que pour son bien, ne lui donne pas d’enfant et la délaisse pour courir aux plaisirs du bal, du jeu, de la table, et de la Comédie ; Mercure, à qui l’amant infidèle vient de grassement soudoyer au moyen d’une bourse pleine d’or, récuse Phèdre et la déboute.
Arrive Ventrebleu, misérable qui a combattu toute sa vie durant pour l’Honneur, ce qui ne lui a rien rapporté et lui a même fait perdre un bras, et se résout à rallier l’intérêt en sollicitant pour son plus grand profit une place de receveur ; Mercure en fait un « Financier manchot » qui, pour gagner son bien, n’y va « pas de main morte ». Mais l’accord est interrompu par l’entrée en scène de Tapinois, premier commis du financier Timante, qui révèle en huis clos au dieu qu’il souhaite renverser son maître en secret et prendre sa place, tout en conservant les apparences de l’Honneur afin de se rendre plus efficace encore auprès des humains. Pour gage de sa bonne foi, il apporte un mémoire précis des affaires de son maître ; mais Mercure punit cet hypocrite qui veut gagner sur tous les tableaux en pratiquant le vice « sous le masque de la vertu » en octroyant à Ventrebleu la charge qu’il briguait. Ce dernier s’en va content de pouvoir à si bon compte réparer « le tort que [lui] ont fait soixante ans de vertu ».
Surgit enfin Arlequin, guidé par le Bon sens et la Nature, qui vit « à sa fantaisie » et déclare ne rien attendre ni de l’Intérêt, ni de l’Honneur, ni même des Dieux. Fuyant l’embarras des richesses, il tient la fortune pour « une drogue » et puis s’en va sous le regard admiratif de Mercure qui loue ce « parfait philosophe » qui « [d]e la Nature en lui (...) Insère le pouvoir ».

Pendant ce temps, Fanchon et Jacquin se disputent à propos d’un don de 200 000 francs que le caissier a fait à la grisette pour prix de ses faveurs et qu’elle refuse de lui rendre lorsqu’il la congédie. Mercure tranche en faveur de la belle qui n’a précisément que sa beauté pour seul faire-valoir alors qu’il entre dans le rôle du caissier de dépenser sans compter. Il est interrompu dans son analyse de la cupidité universelle par le retour de l’Intérêt, flanqué de ses très nombreux partisans, tous des mercenaires, et talonné par les troupes de l’Honneur et de la Vertu. Alors que le Palais est assiégé et que l’issue semble fatale, il suffit à l’Intérêt, sans coup férir, d’exhiber devant les yeux ennemis, qui en demeurent médusés, quelques-unes de ses richesses pour rallier les rebelles « sans répandre de sang » : il subjugue en effet les regards en faisant « couler des fleuves d’or et d’argent, & des monceaux de perles & de diamans ». Il ne lui reste plus qu’à fêter avec faste son éclatante victoire, à la faveur d’un divertissement chanté et dansé qui fait sa louange.

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