Textes d’aujourd’hui pour le théâtre. Ces publications sont régulièrement soutenues par la Région Languedoc-Roussillon, et depuis 2003 par la SACD.

Le Tireur occidental

EAN : 9782847050042

13x21 cm, 48 p., 10 €
2 hommes

2004

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Pour achever son mémoire sur les races inférieures, Rodolphe, jeune ethnologue, part vivre en bordure du monde occidental. Il veut étudier au plus près les peuples qui se pressent chaque jour devant la muraille qui protège l’Occident. Au fil des semaines, il gagne la confiance du Tireur, militaire taciturne, qui surveille l’horizon. L’apparition accidentelle d’un étranger blessé vient perturber leur quotidien.

Fait avant tout d’une parole à dire, ce texte combine extrême précision de la langue et emprunts à l’ethnologie, la sociologie et la psychiatrie.

Extraits de presse

Voyage en inoccident -
quand tel est pris...

William Pellier signe un texte théâtral habilement construit, qui tient de la fable morale, du conte philosophique, du pamphlet politique, et dont on sort le sourire aux lèvres...

Rodolphe, jeune candide à la « cervelle bien pleine » de savoir théorique, assoiffé d’aventures et de découvertes exotico-ethnologiques, voit « à l’horizon cette tâche exaltante / Une étude grandeur nature enfin » : un périple de plusieurs semaines le mène aux confins du monde connu (c’est-à-dire « occidental »), à la rencontre de celui qui lui servira de guide, le « matricule KVV », un Tireur occidental zélé et soucieux de sa mission (dont les détails ne nous seront révélés que plus tard). Rodolphe prépare un mémoire portant sur les « races inférieures » et afin de valider son diplôme de fin d’études, va vivre six mois durant aux côtés de ce tireur rompu à la solitude, et étudier les énigmatiques « indigènes » vivant de l’autre côté de la muraille que surveille inlassablement le Tireur — un territoire aride, « l’inoccident, paysage d’os, de crânes, d’éléments de squelette, d’ossements en couche ».

La satire prend toute son ampleur quand Rodolphe ne peut laisser passer l’opportunité scientifique (!) d’étudier de près un « spécimen » blessé qui s’est réfugié au pied de la muraille, et il le recueille en dépit des réticences du tireur, qui l’avertit en ces termes, prévoyant une inexorable contamination :

« Nous deux aux prises immédiate avec sa pustule, malgré les barreaux / En un tour de main, au travers de sa cage ses infections / Son zona, son eczéma Monsieur / Ses puces et ses poux / Le fumet suffocatoire de son haleine, d’abord ici, puis dans l’occident tout entier / la chute de nos nations comme perspective ».

Car le Tireur est là pour veiller à ce que les « races basses » qui errent de l’autre côté ne puissent franchir la muraille protectrice : des tribus « inlassablement enclines à la férocité » - comme « le juif et l’arabe » -, des « troupeaux de roumins » ou autre « rad-jik »... Rodolphe les étudie avec la passion du débutant, et il note consciencieusement ses observations naïves (qui, on l’aura compris, empruntent aux classifications pseudo-scientifiques des siècles passés), du genre :

« B - Caractères morphologiques, suite à une première observation :
Maigreur de leurs bras le long de leur corps
Yeux dans le lointain de leur crâne
Délitescence de leurs molaires
Allure générale de batracien ».

Quant au prisonnier, Rodolphe (documentation à l’appui) ne peut s’empêcher de remarquer combien son visage est « si éloigné de notre beauté occidentale » et il entreprend de lui faire subir nombre de tests qui prêtent à rire. Rodolphe et le Tireur forment un étrange duo incarnant une vision exacerbée de nos politiques de surprotection et d’immigration (on se référera aux récents événements qui en France ont secoué l’opinion — arrestations diverses, évacuations et autres « invitations à quitter le territoire »...) et de l’enthousiasme candide (que sous-tend une « science » sans conscience) du premier à la glaçante sagacité du second (sans parler de son habileté à manier le fusil), tous deux dévoués corps et âme à leur mission respective, il n’y a qu’un pas.

L’on part dans le texte de William Pellier avec l’impression diffuse de se retrouver dans un bildungsroman du XVIIIe, avec l’idée, vite démentie, que l’on va y trouver ses marques mais notre voyage prend des tournures imprévisibles : une ironie mordante entoure le complexe de supériorité de l’occidental et la détermination du Tireur, prompt à obéir aveuglément aux ordres qui ont été inscrits dans son cerveau, illustre à merveille l’inhumanité de sa tâche et la barbarie enfouie en chaque être, malgré le joli vernis que la « civilisation » peut conférer.

On pense au roman de Coetzee, En attendant les barbares, fable atemporelle située aux frontières d’un empire anonyme, à une époque incertaine, où l’écrivain sud-africain dénonçait les ravages engendrés par la peur irrationnelle de l’autre ; Le tireur occidental propose une vision certes plus parodique (le dénouement est particulièrement réjouissant), plus légère (le personnage-narrateur, Rodolphe, étant le dindon de la farce), mais pas moins cauchemardesque des rapports que l’Occident n’a pas cessé d’entretenir avec les pays les plus défavorisés ou avec des populations rejetées. Dans le même temps, la parole théâtrale donne un impact singulier à cette œuvre pourtant inclassable — parole qui peut néanmoins être lue et être appréciée comme telle, la versification (libérée de toute contrainte classique) apportant un aspect faussement solennel à l’ensemble et s’accordant parfaitement au ton sérieux de Rodolphe, persuadé du bien-fondé de sa mission. Une œuvre brève, il est vrai, mais qui renferme tous les paradoxes de notre civilisation moderne, et parfaitement conçue à éveiller les consciences.

[Sitartmag, Blandine Longre, septembre 2005]


« Dans cette pièce de théâtre à une voix, fable atemporelle située aux confins d’un empire anonyme, William Pellier propose une vision parodique des rapports que l’Occident n’a pas cessé d’entretenir avec les pays les plus défavorisés ou avec des populations rejetées. »

[Médiathèque du Centre culturel français de Pékin, février 2008]


« ... Intelligence du texte de William Pellier qui, avec un humour complice, dans un passé recomposé, dénonce un présent au discours pernicieux, où il suffit de remplacer "immigré" par "sauvage " pour se replonger dans l’horrible... »

[Terence Carbin, Revue « Hommes & Migrations », Cité nationale de l’histoire de l’immigration, mai 2011]


« Sans verbe l’écriture, singulière, met à plat les idées reçues et secrète, de par la volonté de l’auteur, une forme d’ironie douce et un travail de dévoilement progressif du sens. Navrante et pauvre est la méthode d’observation, toute d’incompréhension de la chose observée. Vaniteuse, aveugle, elle est mortelle en ne montrant pas l’ambivalence des points de vue.

Dans la forme théâtrale proposée Xavier Béja tend au spectateur un miroir plein d’humour et de fermeté.

Le tireur occidental est une fable critique, un conte ironique et aussi farce froide, la pièce déclenche des éclats de rire dévastateurs et salvateurs. »

[Jean Grapin, Webthea, juillet 2011]


« Une pièce étrange comme le carnet et les annotations d’un explorateur. »

[Florence Yérémian, BSC news, 19 janvier 2014]

Vie du texte

Lecture par Denis Podalydès dans le cadre de « Texte nu », festival Nîmes culture organisé par la SACD et France culture, le 10 juillet 2004.


Diffusion sur France culture le 14 septembre 2004.


Mise en espace déambulatoire à travers la forteresse de Sales par Jean-Marc Bourg, compagnie Labyrinthes, avec Louis Beyler et Luc Sabot, octobre 2004.


Mise en scène par la compagnie GERME 36 (Lyon), au Théâtre Etoile royale, dans une mise en scène Pierre Germain, du 8 au 13 janvier 2008.


Mise en espace, par Jean-Luc Palliès, compagnie Influen’scènes, à l’espace Gérard Philipe de Fontenay sous bois, dans le cadre de la 3è biennale théâtrale Charles Dullin, le 28 janvier 2008.

Mise en espace, dans le cadre des Mardis Midi des textes libres, par Jean-Luc Palliès, compagnie Influen’scènes, au Théâtre du Rond-Point, le 29 janvier 2008.

Mise en espace, dans le cadre des Mercredis du Théâtre de l’Est parisien, par Jean-Luc Palliès, compagnie Influen’scènes, au Théâtre du Rond-Point, le 30 janvier 2008.


La pièce fait partie des “coups de cœur” de février 2008, de la Médiathèque du Centre culturel français de Pékin.


Nouvelle création par la Compagnie Le Fil, dans une mise en scène de Steven Fafournoux avec Julien Derivaz, Théâtre des marronniers, Lyon, du 24 novembre au 4 décembre 2011.


Création dans une mise en scène de Michel Cochet, compagnie Théâtre en fusion, avec Xavier Béja ; sculptures & scénographie : Cyrille Bosc ; création son : Antoine Chao ; lumières : Charly Thicot, Le Local, Paris XIe, du 29 avril au 29 mai 2011.
Tournée Gare au Théâtre, Vitry (94), du 6 au 10 juillet 2011.

Reprise de la création dans une mise en scène de Michel Cochet, compagnie Théâtre en fusion, avec Xavier Béja , Théâtre du Lucernaire, du 8 janvier au 15 mars 2014.

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