Textes d’aujourd’hui pour le théâtre. Ces publications sont régulièrement soutenues par la Région Languedoc-Roussillon, et depuis 2003 par la SACD.

Extrait du texte

Partie 1
15 JUIN 2015 – 15 JUILLET 2015

Nuit du 15 juin 2015

- AUJOURD’HUI LE PEUPLE GREC A ÉCRIT L’HISTOIRE, L’ESPOIR A ÉCRIT L’HISTOIRE, LA GRÈCE LAISSE DERRIÈRE ELLE LA POLITIQUE DÉSASTREUSE DE L’AUSTERITÉ. ET LA GRÈCE AVANCE AVEC OPTIMISME, AVEC ESPOIR, AVEC DIGNITÉ, D’UN PAS ASSURÉ VERS UNE EUROPE QUI CHANGE. ET SYRIZA, VOUS ET SYRIZA, NOTRE PEUPLE, SOMMES L’EXEMPLE CONCRET DE CETTE EUROPE QUI CHANGE. AUJOURD’HUI NOUS NOUS RÉJOUISSONS, NOUS FAISONS LA FÊTE. MAIS DÈS DEMAIN NOUS COMMENÇONS UN TRAVAIL DE LONGUE HALEINE. LE VERDICT DU PEUPLE GREC RELÈGUE LA TROIKA AU PASSÉ DE NOTRE CADRE EUROPÉEN. AUJOURD’HUI IL N’Y A NI VAINQUEURS NI VAINCUS. AUJOURD’HUI C’EST LA GRÈCE DE L’ÉLITE QUI EST VAINCUE, LA GRÈCE DES OLIGARQUES, LA GRÈCE DES ABBÉRATIONS ANTIDÉMOCRATIQUES, LA GRÈCE DE L’INIQUITÉ ET DE LA DISSIMULATION. JE VEUX VOUS REMERCIER, VOUS TOUS QUI, D’UN BOUT À L’AUTRE DE LA GRÈCE, AVEZ MENÉ CET EXTRAORDINAIRE COMBAT. VOUS AVEZ PRIS L’ESPOIR DANS VOS MAINS ET VOUS L’AVEZ SOULEVÉ BIEN HAUT. ET JE VOUS INVITE, EN CE MOMENT HISTORIQUE, ALORS QU’ON NOUS ÉCOUTE DANS TOUTE L’EUROPE ET DANS LE MONDE ENTIER, À FAIRE LA SINCÈRE PROMESSE DE CONTINUER À LUTTER AVEC LA MÊME PASSION. MAIS AVANT TOUT, JE TIENS À REMERCIER LES DÉLÉGATIONS ÉTRANGÈRES, TOUTES CELLES ET CEUX QUI PAR MILLIERS SONT VENUS JUSQU’ICI DES QUATRE COINS DE L’EUROPE. JE TIENS À LES REMERCIER POUR CETTE EXTRAORDINAIRE VAGUE DE SOUTIEN ET POUR LEUR SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE GREC. JE TIENS PARTICULIÈREMENT À DONNER CE SOIR, EN CE JOUR DE VICTOIRE POUR LE PEUPLE ET LE PARTI SYRIZA, LA PAROLE À UNE INVITÉE QUI NOUS VIENT TOUT DROIT DE FRANCE. ELLE EST MILITANTE DANS SON PAYS ET ELLE ACCEPTE DE MENER, SANS FAILLIR, AVEC NOUS, CE COMBAT GRAND, DIFFICILE, MAIS BEAU. JE LAISSE DONC LA PAROLE À ZOÉ. ON L’ENCOURAGE. ZOÉ ZOÉ ZOÉ ZOÉ ZOÉ ZOÉ ZOÉ

ZOÉ. – Anouchka ?

ANOUCHKA. – Quoi ?

ZOÉ. – On est où ?

ANOUCHKA. – Du calme Zoé, tu dormais. On est dans l’avion. On arrive à Athènes dans une demi-heure. Ça va ?


24 juin 2015

ANOUCHKA. – Je filmais. Je voyais les gens en première ligne qui me faisaient des signes, des coucous. Moi je filmais. J’avais trouvé l’angle parfait. J’étais debout sur un plot. Ils chantaient des chansons magnifiques. Mais à un moment ils se sont arrêtés de chanter. Ils ne faisaient que regarder dans ma direction. Je ne voulais pas qu’ils regardent ma caméra. Ça ne pouvait pas faire de bonnes images. Je me suis retournée un peu énervée. Et puis j’ai plus rien vu. Je suis tombée du plot et je ne sais pas comment ma caméra a fait pour ne pas éclater par terre. Une main m’a trainée, une voix m’a dit de me lever et de courir, en anglais. J’ai couru en tenant la main de quelqu’un que je ne voyais pas. Je pensais juste à ma caméra et à mes yeux qui me brûlaient. J’ai plus rien vu pendant une heure. Regarde mes yeux ! Entre aujourd’hui, hier et avant-hier, je vais finir par faire des conjonctivites. C’est génial. Zoé, c’est incroyable. Le fond de l’air est rouge ici ! Il est pas gris comme en France, il est rouge rouge rouge. Tu aurais dû venir. Je dois bien avoir une demi-heure d’enregistrement. Tu as écrit quelque chose toi ? J’ai tout filmé je te montrerai. J’adore ce pays. Vraiment, tu aurais dû venir !
ZOÉ. – Anouchka. Y a une barre Anouchka. Une barre ! Mais c’est écrit en grec sur la boîte, et je sais pas si ça veut dire enceinte ou pas enceinte.

25 juin 2015

– Qu’est-ce que tu lis ?

ZOÉ. – Z, tu connais ? L’auteur est grec.

– C’est rare de trouver des jeunes qui lisent ici. Moi je viens souvent. J’aime pas trop les jeunes à Thessalonique. Tu es là pour combien de temps ? Pour les études ?

ZOÉ. – Non. On vient voir ce qu’il se passe. Avec une amie, on veut faire une expo. Elle elle fait des photos et des vidéos et moi j’écris.

– Je vois. Tu es venue au bon moment, ça va péter. Mais pas dans le bon sens si tu veux mon avis. Je pense que c’est comme Pompéi avant l’éruption du Vésuve. Tout est calme en apparence. Les gens font leur petite vie, ne se doutent de rien. L’échéance du 30 juin ? Le paiement de la dette au FMI ? Qu’est-ce que ça peut bien leur faire ? Mais quelque chose va se passer. Quelque chose de catastrophique. Plus de Grèce. Plus rien, si tu veux mon avis. Faut se battre pour notre pays. Il faut en être fier. T’as vu ? Je viens de me faire tatouer.

ZOÉ. – C’est le drapeau grec ?

– Oui. La Grèce est une grande nation, il faut se battre pour elle. Regarde, j’ai fait celui-là l’année dernière.

ZOÉ. – Un soldat ?

– Un hoplite spartiate. Et ça c’est le lambda, la lettre qu’ils avaient sur leur bouclier. Il parait qu’ils effrayaient tellement leurs adversaires dès le début du combat que beaucoup fuyaient avant même de livrer bataille. Tu t’appelles comment ?

ZOÉ. – Zoé.

– Moi c’est Vassilis. Zoé, tu es vraiment très jolie.

27 juin 2015

De : Zoé
A : Benoît
Objet : RE : de ton voyage en Grèce

Bonjour Benoît,
Comment vas-tu ?
Ici ce qui m’interpelle et m’angoisse le plus c’est le calme qui plane. Nous sommes à la veille du paiement supposé de la dette et les Grecs que nous avons rencontrés ne croient plus à ce "petit jeu". Ce qui m’a peut-être le plus frappée, c’est la multitude de panneaux à vendre et à louer et de lieux abandonnés. Nous avons vu de grands complexes

ANOUCHKA. – Zoé !

ZOÉ. – Deux minutes.

hôteliers de luxe dévastés sur les hauteurs de Thessalonique. J’ai l’impression pour la Grèce que les jeux sont déjà faits depuis longtemps. Et en même temps, le pays est plus que jamais engagé, en ce moment, dans des bouleversements qui risquent de changer son histoire et la nôtre.
Nous logeons dans la caravane d’un ami d’un ami, sur les rives de la "deuxième jambe" d’Halkidiki, face au mont Athos. La nature ici est saisissante. Je ne connais pas trop l’histoire des moines. On dit qu’il y a là-bas des ermites coupés du

ANOUCHKA. – ZOÉ ! En fait ça urge vraiment.

ZOÉ. – Quoi ?

ANOUCHKA. – Tsipras.

ZOÉ. – Monte le son, j’entends pas ce qu’il dit.

– IL Y A PEU DE TEMPS J’AI CONVOQUÉ UNE RÉUNION DU GOUVERNEMENT AU COURS DE LAQUELLE J’AI SUGGÉRÉ LA TENUE D’UN RÉFÉRENDUM POUR QUE LE PEUPLE GREC PUISSE DÉCIDER SOUVERAINEMENT. LA DÉCISION A ÉTÉ ACCEPTÉE À L’UNANIMITÉ. LE PARLEMENT SE RÉUNIRA EN SESSION PLEINIÈRE POUR RATIFIER LA PROPOSITION D’UN RÉFÉRENDUM DIMANCHE PROCHAIN, LE 5 JUILLET, SUR LA QUESTION DU REJET OU DE L’ACCEPTATION DES PROPOSITIONS FAITES PAR LES INSTITUTIONS. FACE À CE CHANTAGE EN FORME D’ULTIMATUM VISANT À VOUS FAIRE ACCEPTER UNE AUSTERITÉ STRICTE ET HUMILIANTE, J’APPELLE TOUS LES GRECS À SE PRONONCER AVEC SOUVERAINETÉ ET AVEC FIERTÉ.

ANOUCHKA. – On rentre à Athènes.


Dans la Partie 2

Le téléphone de Zoé sonne.
Zoé décroche.

ZOÉ. – Je baisse, Papa.

BENOIT. – Salut Zoé, c’est Benoit. Comment tu vas ? Ça fait une éternité. Ça me fait plaisir de … j’entends rien, t’as la musique ?

ZOÉ. – Je baisse. Ça va et toi ?

BENOIT. – Ça va. Je suis au Portugal là.

ZOÉ. – En vacances ?

BENOIT. – Non non, je fais un reportage pour la radio. Tu es à Lyon ?

ZOÉ. – Non. Chez mes parents. Ils me prêtent le grenier, en attendant.

BENOIT. – En attendant quoi ?
Qu’est-ce que tu fais de beau ?

ZOÉ. – Je me cherche dans la foule. Sur les vidéos.

BENOIT. – Quoi ?

ZOÉ. – Je me trouve pas.

BENOIT. – La foule ?

ZOÉ. – La foule du 3 juillet, place Syntagma.

BENOIT. – Tu… Il y a plus de vingt mille personnes sur ces images, c’est normal que tu ne te trouves pas.

ZOÉ. – Oui mais j’y suis.

BENOIT. – Je sais.

Pendant la scène
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ALEXIS TSIPRAS. – Γεια σας. Καλή δύναμη. Με περηφάνια. Με αξιοπρέπεια. Το ΟΧΙ θα γράψει ιστορία. Ο λαός μας

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