Textes d’aujourd’hui pour le théâtre. Ces publications sont régulièrement soutenues par la Région Languedoc-Roussillon, et depuis 2003 par la SACD.

Extrait du texte

Je suis allongé(e) sur votre lit. Je ne sais toujours pas comment me tenir. Je regarde vos murs blancs, passablement délavés. Comme sans âme, éthérés. Rien qu’un lit japonisant, à même le sol. Sa Jalousie, la garçonnière entrebâillée. Les Chiens glapissent sur les trottoirs. Une photo de vous, piquée au mur. Vos yeux mi-clos. Adossé dans un bateau. Contre sa bouée de balisage écaillée. Un bonnet de mer sur son crâne nu. Un gilet de sauvetage orangé. Exactement comme ceux que portait mon père. Je me surprends, (c’est un vertige que d’y penser), à retrouver en vous l’image du Père. J’entends ses pas dans l’escalier. Sa masse de corps trapu, robuste, maintenant posté dans l’ouverture. Je n’ose vous regarder, (regarder-voir) , ce serait-il déshabillé ? J’y jette un œil subrepticement. Tu ne portes qu’un slip blanc. Vous vous glissez au creux du lit. Je n’ose pas entièrement me dénuder.

J’ai froid.

Vous me souriez.

Mais il y a déjà une grosse couette.

Je boude et je minaude. Je ne sais pas comment me tenir.

Mais c’est comme ça, je suis frileux(se).

Tu te redresses.

Je dois avoir quelque chose en plus, à côté.

Tu marches vers ta pièce d’à-côté. Je vous regarde. Je regarde l’homme. Ses fesses fripées, violacées, efflanquées dans leur dénivelé. Vous revenez avec un gros duvet. Vous l’étendez devant mes pieds. Je l’ouvre. J’en tire la fermeture Éclair. Je m’emmitoufle dedans. Je me cache dessous comme un(e) réfugié(e). Tu t’installes toi-aussi sous ces gros draps. Je frôle sa jambe :

C’est froid.

Vous riez. Je me rapproche de vous. Contre ton flanc. Je vous prends dans mes bras. Je glisse mon bras contre son torse. Je le caresse. Je me retourne contre son corps. Je cale mes jambes contre les siennes. Elles se colmatent, elles s’entrelacent. J’appose ma bouche contre son front. Et je le lèche. Je mords son cou et son menton. Je le mordille. Je le triture. Tu prends mon crâne. Tu le resserres contre ta bouche.

J’ai tellement peur de disparaître.

Je ne veux qu’en jouir.

Jusqu’en mourir.

Vous m’embrassez.

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