Textes d’aujourd’hui pour le théâtre. Ces publications sont régulièrement soutenues par la Région Languedoc-Roussillon, et depuis 2003 par la SACD.

Extrait du texte

(…)

Il l’a regardée avancer sous le bruit des chiens, de ses chiens, qui se perdait dans sa tête, qui se perdait dans leur tête.
Il s’est mis à dire toujours ce qu’il disait.
« Ach Penthy, Penthy, Penthy, Liebe, tu me caches des choses, tu te caches des choses, tu as là quelque chose qui pend là au bas de ton manteau. Penthy, meine Liebe. Il ne faut pas toucher à ça. Il ne faut pas toucher à / »

Hecky meine Liebe toujours il fallait que tu dises ça.
À quoi tu t’attendais ?

Hallo Hecky, tu te souviens de moi ?
C’est Penthy. Je t’apporte et te livre ta lunch-box pendant que tu tires et abats de ton arme celles et ceux avec qui tu te battais il y a encore quelques mois contre ceux que tu as rejoint. Oui, c’est Penthy, celle que tu aimais, celle avec qui tu partageais les codes et convictions, celle aux côtés de qui tu militais, celle avec qui tu luttais depuis des années pour un peu plus d’acquis sociaux, pour un peu plus de droits sociaux, pour un peu plus d’égalité, pour un peu moins de répression.
Tu te souviens ?
Corps à corps
salive contre coccyx /
Excuse-moi de te déranger en plein travail. Je vois que tu es très occupé à dégoupiller bombes lacrymogènes et grenades assourdissantes, à jeter pavés et rochers sur tes anciens camarades de luttes, mais j’aurais aimé savoir si tu avais cinq minutes pour /

OU

Lieber ! Toi, ici, avec cette petite bandaison sous ce petit uniforme bleu-nuit ! Qu’elle a l’air douce et belle ! Puis-je me permettre d’y toucher mon amour, mon tendre amour qui me brûle et détruit la stabilité de mon monde ? Est-ce que ce petit mont qui est le mien, qui est tendre et vif comme une gazelle perdue au milieu des wagons, perdue au milieu de la bande qui longe le fleuve à moitié calciné rempli des corps déjà pourrissants de ceux que tu viens d’éteindre de ton souffle
pourrait venir se frotter à toi, mon beau soldat de l’armée ?

Hecky, Hecky, Lieber.

Elle est Penthy.
La petite guerrière
qui n’avait pas d’autre envie
que de profiter encore du dernier souffle chaud de cette haleine qui commençait déjà à s’éteindre sous le vent de sable qui allait le recouvrir pour lui faire comprendre certaines choses qui sont /

3

OXUS !
TIGRIS !
Ja good boys. Brave. Ja.
Ja Tigris !
Komm zu mir, komm mit mir !
Und mein Oxus !
Venez à moi !
Bouffez tout ce que vous pouvez bouffer, tout ce que vous pouvez trouver mes chiens, mes amours, mes gentils chiens.
Rognez-lui la face, rongez-lui les bas côtés.
Faites-en de la charpie pour les porcs.
Dépouillez-le de sa chair et goinfrez-vous mes amours, mes bébés, mes petits.
Bouffez-le à bras le corps, les dents dans le corps.
Plantez vos griffes et vos dents, aiguisez vos crocs et bouffez ce festin de chairs sanguinolentes.
Il n’y a que ça qu’il mérite !

Hecky.
L’abattre.
Il n’y a que ça qu’il méritait.

(…)

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