Textes d’aujourd’hui pour le théâtre. Ces publications sont régulièrement soutenues par la Région Languedoc-Roussillon, et depuis 2003 par la SACD.

Extrait du texte

EXTRAIT page 9

Écoutez

Écoutez-moi
Je ne sais pas mais –
Ça va aller
Comptez sur moi

Comptez sur moi, je n’ai rien à faire
On ne m’attend pas, je ne vais pas m’en aller

Je marchais quand je vous ai entendue

Comment c’est possible, comment ?

Que vous soyez comme ça dans l’immeuble
Toute seule à crier
Autant crier
Il ne faut pas crier comme ça
Les gens pourraient croire – je ne sais pas
Il y a des cris qu’on n’entend seulement à la mort d’un enfant
Je vois des jouets –
Non
Vous ne seriez pas seule si votre enfant
(…)


EXTRAIT pages 23-24

Je marche la nuit pour arriver à dormir
Je marche et je serre les poings, je crois avoir peur, je pense ne plus dormir
Je marche et je croise des hommes
Il est tard, il n’y a plus de flâneur, de rêveur, de coureur
Je vois le désir et la détresse à nu
Des sans-logements qui fuient les lieux trop exposés, des hommes ivres, des hommes jeunes,
des hommes drogués ou qui cherchent
Des hommes qui cherchent dans les parages des filles et des hommes qui se vendent

Je marche et je me demande lequel je vais cogner, grâce auquel je pourrai dormir

Est-ce que le bruit des coups sur le corps d’un homme ferait bouger ces gens que vos cris
n’ont pas sortis de chez eux ?

J’aimerais rire
On ne rit pas quand on dort
Je n’arrive pas à dormir
Je devrais pouvoir rire

Je partirai, rassurez-vous, quand vous me direz de partir
Il n’y a pas que les fous qui hurlent et pleurent
Je me demande seulement si un fou qui se mettrait à pleurer et hurler s’endormirait aussitôt
après, comme vous, en quelques secondes

Si vous étiez folle on ne vous laisserait pas votre enfant

Votre enfant, il ne saura rien, je suis là
Je veux dire qu’il ne saura pas que vous avez hurlé
Il ne verra pas votre peur
Et vous ne crierez plus, il continuera à dormir dans sa chambre, toute la nuit jusqu’à ce que
votre peur s’en aille
Vous n’avez pas perdu
Vous êtes toujours forte si votre enfant s’éveille dans quelques heures sans savoir ce que la
nuit fut pour vous
J’irai le voir s’il pleure
Je chanterai pour lui une chanson en lingala et il s’endormira dans ma langue

Suis-je une sorte de berceuse dont vous n’écoutez pas les paroles ?
Non, s’il vous fallait une berceuse, vous auriez la radio, vous auriez des disques ou bien des
morceaux enregistrés dans votre ordinateur ou dans votre téléphone ou dans votre baladeur – et il y a toujours la télévision
Ça ne manque pas, le bruit, les images pour les gens
S’ils veulent dormir, ne penser à rien et dormir

Vous, là, moi, nous nous aidons parce que rien cette nuit, aucune berceuse ne nous sauvera
de nos peurs

J’aimerais rire
Je ne sais pas comment
Rire très fort et que ça comble la rue
Il y a des hommes, des femmes, ils crient, pleurent, s’invectivent les uns les autres ou
bien ils rient
Je les envie
J’envie ce courage d’être un bruit soudain et violent

Vous savez, je devrais vous remercier, je ne parle jamais autant

Mais je ne profite pas de vous

Je peux rester longtemps sans dormir
Si je dormais là j’abuserais de vous
Si je veux rester je ne dois pas dormir

J’ai rencontré une femme au bas d’un immeuble
Je marchais, je me suis arrêté
Cette femme comme moi elle ne pouvait pas dormir
Nous avons parlé
Elle avait fait semblant d’être morte pendant deux jours pour échapper à ceux qui la
pourchassaient
Elle était restée couchée au milieu des cadavres –
Je ne comprenais pas qu’elle me parle, elle ne me connaissait pas

Et je ne l’écoutais pas, je veux dire qu’elle n’avait pas toute mon attention
J’étais concentré sur le rythme de mes pas, je ne voulais pas le perdre, comme ces gens, vous
voyez, qui courent sur place devant un passage piéton en attendant de pouvoir traverser
Rester dans la foulée
Elle a peut-être cru que je l’écouterais mieux que d’autres, parce qu’elle a vu cette
concentration sur mon visage
On rencontre peu de gens qui vous donnent toute leur attention quand vous commencez à
leur parler
EXTRAIT page 9

Écoutez

Écoutez-moi
Je ne sais pas mais –
Ça va aller
Comptez sur moi

Comptez sur moi, je n’ai rien à faire
On ne m’attend pas, je ne vais pas m’en aller

Je marchais quand je vous ai entendue

Comment c’est possible, comment ?

Que vous soyez comme ça dans l’immeuble
Toute seule à crier
Autant crier
Il ne faut pas crier comme ça
Les gens pourraient croire – je ne sais pas
Il y a des cris qu’on n’entend seulement à la mort d’un enfant
Je vois des jouets –
Non
Vous ne seriez pas seule si votre enfant
(…)


EXTRAIT page 23-24

Je marche la nuit pour arriver à dormir
Je marche et je serre les poings, je crois avoir peur, je pense ne plus dormir
Je marche et je croise des hommes
Il est tard, il n’y a plus de flâneur, de rêveur, de coureur
Je vois le désir et la détresse à nu
Des sans-logements qui fuient les lieux trop exposés, des hommes ivres, des hommes jeunes,
des hommes drogués ou qui cherchent
Des hommes qui cherchent dans les parages des filles et des hommes qui se vendent

Je marche et je me demande lequel je vais cogner, grâce auquel je pourrai dormir

Est-ce que le bruit des coups sur le corps d’un homme ferait bouger ces gens que vos cris
n’ont pas sortis de chez eux ?

J’aimerais rire
On ne rit pas quand on dort
Je n’arrive pas à dormir
Je devrais pouvoir rire

Je partirai, rassurez-vous, quand vous me direz de partir
Il n’y a pas que les fous qui hurlent et pleurent
Je me demande seulement si un fou qui se mettrait à pleurer et hurler s’endormirait aussitôt
après, comme vous, en quelques secondes

Si vous étiez folle on ne vous laisserait pas votre enfant

Votre enfant, il ne saura rien, je suis là
Je veux dire qu’il ne saura pas que vous avez hurlé
Il ne verra pas votre peur
Et vous ne crierez plus, il continuera à dormir dans sa chambre, toute la nuit jusqu’à ce que
votre peur s’en aille
Vous n’avez pas perdu
Vous êtes toujours forte si votre enfant s’éveille dans quelques heures sans savoir ce que la
nuit fut pour vous
J’irai le voir s’il pleure
Je chanterai pour lui une chanson en lingala et il s’endormira dans ma langue

Suis-je une sorte de berceuse dont vous n’écoutez pas les paroles ?
Non, s’il vous fallait une berceuse, vous auriez la radio, vous auriez des disques ou bien des
morceaux enregistrés dans votre ordinateur ou dans votre téléphone ou dans votre baladeur – et il y a toujours la télévision
Ça ne manque pas, le bruit, les images pour les gens
S’ils veulent dormir, ne penser à rien et dormir

Vous, là, moi, nous nous aidons parce que rien cette nuit, aucune berceuse ne nous sauvera
de nos peurs

J’aimerais rire
Je ne sais pas comment
Rire très fort et que ça comble la rue
Il y a des hommes, des femmes, ils crient, pleurent, s’invectivent les uns les autres ou
bien ils rient
Je les envie
J’envie ce courage d’être un bruit soudain et violent

Vous savez, je devrais vous remercier, je ne parle jamais autant

Mais je ne profite pas de vous

Je peux rester longtemps sans dormir
Si je dormais là j’abuserais de vous
Si je veux rester je ne dois pas dormir

J’ai rencontré une femme au bas d’un immeuble
Je marchais, je me suis arrêté
Cette femme comme moi elle ne pouvait pas dormir
Nous avons parlé
Elle avait fait semblant d’être morte pendant deux jours pour échapper à ceux qui la
pourchassaient
Elle était restée couchée au milieu des cadavres –
Je ne comprenais pas qu’elle me parle, elle ne me connaissait pas

Et je ne l’écoutais pas, je veux dire qu’elle n’avait pas toute mon attention
J’étais concentré sur le rythme de mes pas, je ne voulais pas le perdre, comme ces gens, vous
voyez, qui courent sur place devant un passage piéton en attendant de pouvoir traverser
Rester dans la foulée
Elle a peut-être cru que je l’écouterais mieux que d’autres, parce qu’elle a vu cette
concentration sur mon visage
On rencontre peu de gens qui vous donnent toute leur attention quand vous commencez à
leur parler
EXTRAIT page 9

Écoutez

Écoutez-moi
Je ne sais pas mais –
Ça va aller
Comptez sur moi

Comptez sur moi, je n’ai rien à faire
On ne m’attend pas, je ne vais pas m’en aller

Je marchais quand je vous ai entendue

Comment c’est possible, comment ?

Que vous soyez comme ça dans l’immeuble
Toute seule à crier
Autant crier
Il ne faut pas crier comme ça
Les gens pourraient croire – je ne sais pas
Il y a des cris qu’on n’entend seulement à la mort d’un enfant
Je vois des jouets –
Non
Vous ne seriez pas seule si votre enfant
(…)


EXTRAIT page 23-24

Je marche la nuit pour arriver à dormir
Je marche et je serre les poings, je crois avoir peur, je pense ne plus dormir
Je marche et je croise des hommes
Il est tard, il n’y a plus de flâneur, de rêveur, de coureur
Je vois le désir et la détresse à nu
Des sans-logements qui fuient les lieux trop exposés, des hommes ivres, des hommes jeunes,
des hommes drogués ou qui cherchent
Des hommes qui cherchent dans les parages des filles et des hommes qui se vendent

Je marche et je me demande lequel je vais cogner, grâce auquel je pourrai dormir

Est-ce que le bruit des coups sur le corps d’un homme ferait bouger ces gens que vos cris
n’ont pas sortis de chez eux ?

J’aimerais rire
On ne rit pas quand on dort
Je n’arrive pas à dormir
Je devrais pouvoir rire

Je partirai, rassurez-vous, quand vous me direz de partir
Il n’y a pas que les fous qui hurlent et pleurent
Je me demande seulement si un fou qui se mettrait à pleurer et hurler s’endormirait aussitôt
après, comme vous, en quelques secondes

Si vous étiez folle on ne vous laisserait pas votre enfant

Votre enfant, il ne saura rien, je suis là
Je veux dire qu’il ne saura pas que vous avez hurlé
Il ne verra pas votre peur
Et vous ne crierez plus, il continuera à dormir dans sa chambre, toute la nuit jusqu’à ce que
votre peur s’en aille
Vous n’avez pas perdu
Vous êtes toujours forte si votre enfant s’éveille dans quelques heures sans savoir ce que la
nuit fut pour vous
J’irai le voir s’il pleure
Je chanterai pour lui une chanson en lingala et il s’endormira dans ma langue

Suis-je une sorte de berceuse dont vous n’écoutez pas les paroles ?
Non, s’il vous fallait une berceuse, vous auriez la radio, vous auriez des disques ou bien des
morceaux enregistrés dans votre ordinateur ou dans votre téléphone ou dans votre baladeur – et il y a toujours la télévision
Ça ne manque pas, le bruit, les images pour les gens
S’ils veulent dormir, ne penser à rien et dormir

Vous, là, moi, nous nous aidons parce que rien cette nuit, aucune berceuse ne nous sauvera
de nos peurs

J’aimerais rire
Je ne sais pas comment
Rire très fort et que ça comble la rue
Il y a des hommes, des femmes, ils crient, pleurent, s’invectivent les uns les autres ou
bien ils rient
Je les envie
J’envie ce courage d’être un bruit soudain et violent

Vous savez, je devrais vous remercier, je ne parle jamais autant

Mais je ne profite pas de vous

Je peux rester longtemps sans dormir
Si je dormais là j’abuserais de vous
Si je veux rester je ne dois pas dormir

J’ai rencontré une femme au bas d’un immeuble
Je marchais, je me suis arrêté
Cette femme comme moi elle ne pouvait pas dormir
Nous avons parlé
Elle avait fait semblant d’être morte pendant deux jours pour échapper à ceux qui la
pourchassaient
Elle était restée couchée au milieu des cadavres –
Je ne comprenais pas qu’elle me parle, elle ne me connaissait pas

Et je ne l’écoutais pas, je veux dire qu’elle n’avait pas toute mon attention
J’étais concentré sur le rythme de mes pas, je ne voulais pas le perdre, comme ces gens, vous
voyez, qui courent sur place devant un passage piéton en attendant de pouvoir traverser
Rester dans la foulée
Elle a peut-être cru que je l’écouterais mieux que d’autres, parce qu’elle a vu cette
concentration sur mon visage
On rencontre peu de gens qui vous donnent toute leur attention quand vous commencez à
leur parler
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