Après diverses traductions liées à des mises en scène, création d’une collection "Théâtre contemporain en traduction" avec la Maison Antoine Vitez-Centre international de la traduction théâtrale

Extrait du texte

SCÈNE I, p. 11 à 13

Rebekka est assise, une pelote de laine emmêlée dans les mains sur laquelle elle travaille au crochet, l’air très concentré. On entend le moteur d’une voiture, elle essaye vainement de ranger autour d’elle. Une portière claque. Elle se rassied en sueur avec son crochet, l’air de rien. On frappe à la porte.

REBEKKA. - Eh bien entre !
On frappe de nouveau.

Eh bien entre quoi, (Elle va ouvrir.) pourquoi tu frappes à ta propre porte Hilbert ? C’est vraiment pénible, comme si tu n’étais pas chez toi.

Hilbert s’arrête dans un renfoncement de la pièce, le regard fixe, l’air déprimé.

Comment ça c’est passé ?... Ça ne s’est pas bien passé ? Ne soit pas triste Hilbert, c’est eux qui ne te comprennent pas. Tu n’as rien à te reprocher Hilbert, tu sais.

HILBERT. - Je l’ai eu.

REBEKKA. - Et... mais... bravo !

HILBERT. - Mais j’en veux pas.

REBEKKA. - Pourquoi, Hilbert ?

HILBERT, s’énerve. - PARCE QUE Rebekka ! J’entre : Bonjour, je m’appelle Hilbert, très heureux de vous rencontrer, je remonte les manches et puis je m’assieds, et alors ils font en chœur, EN CHŒUR Rebekka !! Ils font : nous aussi, nous sommes heureux de vous rencontrer. Il faut voir ce travail comme une opportunité, nous-mêmes, nous le voyons comme si nous étions partis pour un long voyage, notre petite péniche embarque chaque matin à huit heures. Nous sommes en Afrique, sur le Nil, vers midi, nous amarrons dans une petite baie (c’est la cantine qu’ils appellent la petite baie), puis nous continuons notre route, vers le soleil, car le soleil, c’est l’objectif, et s’il arrive un gros crocodile ou s’il y a un trou dans la cale, ou si nous nous faisons attaquer par un singe, alors, tout le monde met la main à la pâte (ça c’est l’esprit de collaboration). Ils croient que je suis débile, ou quoi ? Ce n’est pas pour ça que je me suis fait boulanger, non ?

REBEKKA, un peu secouée. - Tu es boulanger, toi ? ? ? ?

HILBERT. - Non mais qu’est-ce que c’est, ça - de faire croire au gens qu’ils sont en voyage sur une péniche. C’est qu’un boulot franchement !

REBEKKA, essaye de paraître en colère. - Oui, franchement... C’est nul !

HILBERT. - On est où là ?

REBEKKA. - Viens, embrasse-moi.

HILBERT. - J’ai faim...
Tu as fait les courses ?

REBEKKA. - J’ai commencé à faire du crochet.

HILBERT. - Et le dîner, Rebekka ?

REBEKKA, sur les nerfs. - Euh... je ne sais pas, j’ai réfléchi, j’ai réfléchi. D’abord j’ai vu un gros tas de riz devant moi, mais il n’y avait rien à mettre dessus, je ne me rappelais plus les noms des légumes... que concombre. Ce n’est pas drôle de se souvenir que du concombre, quand on sait très bien qu’il y en a d’autres. Ça doit être comme ça quand on a une tumeur au cerveau. Si ça se trouve, j’ai une tumeur dans le centre nutritif depuis la fois où oncle Ole était tellement bourré qu’il m’a confondue avec sa femme et qu’il m’a cassé la figure dans la cave à charbon, juste au-dessous de chez de Mme Hansen, la toiletteuse pour chiens... tu ne SAIS PAS toi, ce que c’est d’être toiletteuse pour chiens...

HILBERT. - Non - j’ai dis ça ?

REBEKKA. - Pourquoi tu me regardes comme ça, alors ?

HILBERT. - Comment ?

REBEKKA. - Comme si tu en savais quelque chose
- c’est un métier très rare, alors reste pas là à rire bêtement.

HILBERT. - Mais enfin... je ne ris pas du tout, je demandais juste ce qu’il y avait à manger.

REBEKKA. - Oui. Rien... Je ne me rappelle plus comment les choses s’appellent.

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