ISBN : 978-2-84705-163-6EAN : 9782847051636 13x21cm, 80 p., 14 €

Pig boy 1986-2358

Partie 1, début, p. 9 à 11

L’histoire dont tu es le héros commence un lundi 2 septembre 1986. La sage-femme te tire des cuisses de ta mère et déjà il faut choisir.

1- VOUS HURLEZ À LA MORT
2- VOUS POUSSEZ UN CRI BREF PUIS VOUS VOUS ENDORMEZ

Choix numéro 2, tu t’endors. Tes parents, Sophie et Fabien Bouquet, sont à la tête d’une exploitation agricole. Ils possèdent un troupeau de cent-quarante-trois porcs en Bretagne, à trente kilomètres de Saint-Brieuc. L’exploitation n’est plus familiale, elle s’est industrialisée depuis que ton père a modernisé ses machines en 1973. Tes premiers pas ont une odeur d’intérieur de poulailler, un mélange humide de fiente, de plumes et de grains si frais qu’ils sentent le plastique. Ton premier paysage s’appelle un champ. Infini. Et dedans tu cours. Tu tombes aussi, à l’intérieur de la porcherie. Tu observes les cochons, fasciné. Ils passent leurs journées dans des enclos fermés. Ils ne verront la lumière du jour, la vraie, qu’à l’occasion de leur départ pour l’abattoir. C’est ce que ton père t’explique. Et toi tu cours.

1- VOUS JOUEZ AVEC VOTRE PETIT TRAIN
2- VOUS FAITES DES RODÉOS AVEC LES COCHONS

Rodéo. Pour ta famille, il n’y a pas de vacances au ski et pas de jour férié. La vie de tes parents, c’est lever 6 heures, coucher 22h, 7 jour sur 7. La seule entorse au planning advient en décembre. Le vote final a lieu à 23h48.

1- VOUS VOTEZ POUR MISS AQUITAINE
2- VOUS VOTEZ POUR MISS BRETAGNE

Ta mère soupire. Ton père attribue des notes : beauté, résistance physique, gestation, coût à l’année. Il a de l’expérience pour évaluer les bêtes. Cela fait bondir ta mère. Et ton père se marre. Il l’embrasse, sur la bouche. Le soir même, Miss France sitôt couronnée devant l’Éternel, tu entends leur lit couiner. Et c’est un chant d’amour aussi haché que le cri des poules qu’on égorge à la glotte, et qui ne s’éteint qu’à la faveur d’un sommeil écrasant. Tu penses à Miss Bretagne, et tu t’endors toi aussi, enfant béni par une déesse télévisuelle. Dans l’histoire dont tu es le héros, tes parents font l’amour souvent. Ils multiplient les tentatives. Mais tu restes le seul fils. Le seul espoir. Le seul choix. Après toi, il n’y a que des fausses couches. Un médecin apprendra à ta mère qu’elle a respiré trop de pesticides. Ses ovaires sont pourris. Alors très tôt, tu dois te positionner.

1- VOUS REPRENDREZ L’EXPLOITATION FAMILIALE À VOTRE MAJORITÉ
2- VOUS ABANDONNEREZ VOTRE TERRE À UN ÉTRANGER

Tu es bon élève. Mais l’école Sainte-Geneviève de Saint-Brieuc ne t’intéresse pas. Tu ne seras pas vétérinaire comme te le conseille ton institutrice, Madame Rouget. Non toi, tu choisis 1. Tu veux poursuivre le long récit unissant tes ancêtres à leur territoire. Tu es le seul. Tu es l’espoir. Tu es le seul choix.Tu veux être le maître d’un unique troupeau. Faire fleurir l’industrie agricole française. Et gagner des médailles, comme ton père, au concours général du salon de l’Agriculture. Premier prix du meilleur porc blanc de l’ouest en 1994. Le diplôme est accroché au-dessus de ton lit. Tous les soirs tu l’embrasses comme un Saint-Graal. Toi le héros, tu es le seul. Tu es l’espoir. Tu vas te battre. Mais pour toi pas question de cochons. Non. Tu auras des vaches. Des vaches de l’Ouest. Des pies rouge des plaines. Larges de flanc et fières. Tu seras cow-boy. Pas exploitant agricole. Cow-boy from the West. C’est ton choix depuis que tu as vu La Rivière Rouge à la télévision.

1- VOUS ÊTES JOHN WAYNE LE PATRIARCHE TERRIBLE
2- VOUS ÊTES MONTGOMERY CLIFT LE FILS EN QUÊTE DE RECONNAISSANCE

Tu t’imagines en mode John Wayne, guerrier-éleveur plutôt que mouflet, ta main sur ton gun et l’oeil bleu perçant, prêt à défendre corps et âme ton troupeau que tu mènes d’une main de fer de l’état du Texas à celui du Missouri, pour le sauver du rabais et le vendre à prix d’or. POM POM ! Une poule est à terre. POM POM ! Tu écrases d’un revers de botte le noyau d’un abricot. POM POM ! Tu fixes ta mère des yeux et POM ! tu la sauves d’un dindon égaré.


Partie 2, p.23-24

Il a beaucoup maigri
Le voilà
PIG BOY est méconnaissable
Ses flancs sont bandés
Une puce électrique lui administre par intermittence
un flash de morphine et de camomille
De son groin suinte une fine coulée
de sang ?

Pour notre rappel des faits en virtual reality
Slidez sur l’interface PROCÈS
options PIG BOY
choisissez votre personnage
1. HOWARD MOUSSEF
2. KATSUE MATUMATO
3. PIG BOY

Cette séquence est interdite aux moins de 16 ans, aux femmes enceintes ainsi qu’aux personnes transplantées pour des raisons évidente de décalage dismorphique et de trouble émotionnel cathartique.

« À la date du 2 décembre, PIG BOY, Ruiiiiii ruiiiiiiii ruiiiiiiii âgé de 8 ans, né à Plourin-lès-Morlaix en France, de mère matricule DX9876 et de père lot 432AA78, Ruiiiii ruiiiiiiii a été trouvé dans le même lit que Miss KATSUE MATUMATO, I love animals, dans la ville de Tokyo. Dépêché par l’entreprise PERTA pour participer à la signature d’un important contrat avec la filiale japonaise de la grande distribution AEON, la star internationale PIG BOY a été présentée au PDG d’AEON, HAYAO BUSHI, le 2 décembre vers 18h. Après signature dudit contrat et photographies de presse, MAXIME GUIMARCH, PDG de l’entreprise PERTA, et PIG BOY sont invités par HAYAO BUSHI dans le restaurant cinq étoiles Totuo sur Kabuto street. Il est 21h03. PIG BOY dîne d’un bol de riz et de sushis au maquereau sauce sésame. À 22h46, PIG BOY regagne sa chambre à l’hôtel Blue dream de Tokyo, escorté par son garde du corps, HOWARD MOUSSEF. PIG BOY était fatigué, je lui ai frotté les flancs avec de l’eau froide, j’ai mis du foin dans la baignoire et je l’ai laissé, je suis descendu au bar boire un Mojito. À 23h52, HOWARD MOUSSEF regagne sa chambre, annexe à celle de PIG BOY. Il se déshabille, se lave les dents. C’est alors qu’il entend des cris provenir de la chambre du cochon. Ruiiiiiiiiiii Ruiiiiiiiiiiiiiiiiiiii. HOWARD MOUSSEF sort de sa chambre, la 84, frappe plusieurs fois à la porte 86, celle de PIG BOY. Il est 23h58. Oh oh oh ooooooooooohhhhh Il ouvre la porte de la chambre 86 avec son badge. Ruiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii. À 23h59, HOWARD MOUSSEF découvre Miss KATSUE MATUMATO couchée sur le porc PIG BOY en plein coït vaginal. L’analyse médicale révèlera que le rapport a duré 14 minutes 52 secondes et qu’il y a également eu pénétration anale. Miss KATSUE MATUMATO portait des traces de morsures sur l’avant-bras gauche. Le médecin a révélé des bleus sur le porc PIG BOY ainsi qu’une élongation musculaire à sa patte arrière droite. Elle bougeait sur lui d’avant en arrière, j’ai failli m’évanouir. À 0h07, Miss KATSUE MATUMATO a été prise en charge par les services d’urgence de la ville de Tokyo. I’m fine, don’t touch me ! Depuis l’incident, PIG BOY refuse de s’exprimer. Il a été incarcéré au zoo de Tokyo le 3 décembre. Des auditions sont actuellement en cours pour déterminer si PIG BOY avait déjà eu des relations sexuelles avec d’autres femmes avant sa nuit avec Miss KATSUE MATUMATO. Depuis la date du 4 décembre, la société PERTA, employeuse et tutrice de PIG BOY, poursuit ledit PIG BOY en association avec NATION NEWS pour TRAHISON AUX MOEURS HUMAINES, DÉLIT D’IDENTITÉ PORCINE et USURPATION D’ESPÈCE. Il encourt la peine capitale. »

Le translive est ouvert

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Partie 3, p.57 à 59

J’entends.

À l’oreille-mienne j’entends un.

C’est un.

Bruit.

Celui de pied-mien droit sur bitume.

Sol dur.

Sens mienne-narine. L’odeur bitume. Là. Il sent le tien-nez. Différente l’odeur là qu’il sent là. Lèche le sol tienne-langue. Goût du bitume. Acide. Tu recraches. Tien-ventre se tord. Non non. Giclée merde-tienne sort de tien-cul. L’odeur de la peur maintenant dégouline sur tienne-peau. Tu la sens. La frayeur qu’ils-eux t’attrapent.

Pose tien-pied droit avant.
Pose tien-pied gauche avant.
Pose tiens-tes-pieds avant avant.

(...)

Dur.
Tien-corps ne sait pas. Marcher.
Jamais fait ça.
La liberté dans monde-leur.

(…)

Le lune éclaire les buildings. Jamais vu tien-œil ça. La hauteur. Ça - la grandeur. Les buildings.
Un jour dans tien-box tu as vu en tête : building.
Comme une vision. La première vision.
Les buildings : construction hautes et solides.
Hautes habitations des villes où ils-eux vivent.

Tu as vu dans ta tête monde nouveau.

(…)

Dans box-tien les murs étaient bas. Tout petit l’espace du box-tien blanc dans la clinique. Et toi grosse masse dedans. Au moins 356 kilogrammes – données médicales du Cloud. Pas de place pour pied avant droit. Pas pour pied avant gauche. Pas pour tous les pieds. Juste station debout possible. Pas de marche dans box-tien. Et mal articulations. Cuisses enflées. Mal tien-corps. Croûtes aux mollets. Je sentais l’odeur du sang aussi. Te rappelle toi. L’odeur du sang. Fer métal le sang sur tienne-langue. Rien que sentir l’odeur tu avais le goût à la bouche. Sang des femelles égorgées près du box-tien. Le-leur sang à elles aux femelles indésirables partout. En flaques. Cause : pas de place pour toutes. Cause : pas besoin d’elles. Cause : pas assez efficaces. Cause : trop âgées pour mettre bas. Ils-eux alors les tuaient les mamans obsolètes. Ils-eux sont les patrons. Ils-eux veulent rentabilité. Ils-eux veulent belle portée. Sitôt petits-miens délivrés sitôt ils-eux injectent une nouvelle portée. Quinze petits-miens minimum par femelle par portée. Mien-ventre a fait vingt-deux maxi une fois. Je suis rentable. Moi la championne.

Mais aujourd’hui stop.

STOP.

Je vous garde mes-miens.

J’avance.

Distinctions

Pièce lauréate des Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre 2017.


Pièce recommandée par le comité francophone d’Eurodram 2018.


Pièce ayant reçu l’Aide à la création d’Artcena en 2018.


Pièce sélectionnée par le bureau des lecteurs de la Comédie-Française en 2019.
Elle est Coup de Cœur des spectateurs engagés à la suite de la lecture donnée au Théâtre du Vieux-Colombier pour la session du 1er au 3 février 2019.

Extraits de presse

« un texte fort…

composé en trois parties très contrastées mais qui résonnent entre elles comme si elles gardaient en mémoire la tragédie de départ. (…)

La première partie est courte, plutôt très bien documentée [un agriculteur en France se suicide tous les deux jours]. Elle raconte une oppression (…)

La deuxième partie est plus longue et plus touffue. Nous suivons en directe le procès d’un cochon, Pig Boy. Un procès sulfureux (…) bourré d’humour noir (…)

A l’inverse la troisième partie est épurée, avec des temps de suspens et une belle invention de langue. Nous sommes en 2358, dans la tête d’une truie de laboratoire, utilisée pour porter des petits humains. Ces bébés servent de matière première pour remplacer les cœurs ou les poumons défectueux des hommes. Mais la truie se rebelle, elle se sauve du laboratoire pour mettre bas dans la forêt et fonder une nouvelle humanité. En tre l’homme et l’animal.

Tout au long de la pièce, le sang des bêtes coule autant que celui des hommes. La maltraitance faite aux bêtes résonne ave celle faite aux hommes, dans une société de profit qui ne prend soin ni de l’humain ni de l’animal.

Nous ne voulons plus mourir, mais pour autant, c’est comme si nous ne savions palus vivre. »

[Laurence Cazaux, Le Matricule des Anges, n°195, juillet – aout 2018]


« … à travers trois écritures très différentes : une histoire à choix multiples, une polyphonie (voire cacophonie) médiatique et enfin un récit autobiographique (l’autobiographie d’une truie !) au rythme haché, essoufflé, qui peut faire penser à certains textes de Samuel Beckett (nous pensons notamment à Pour finir encore et autres foirades), ce qui est plutôt bon signe…

… la qualité de l’écriture et de la réflexion, par la pertinence et la finesse des perspectives (fussent-elles peu rassurantes) qu’elles dessinent : sous une présentation souvent drôle, parfois loufoque et même délirante affleurent les multiples folies qui, les chosifiant, saccagent la vie et la dignité des hommes : le productivisme effréné qui est un esclavagisme, l’antispécisme qui est une monstruosité, le transhumanisme qui est les deux. Même si, finalement, on peine à saisir l’issue du drame, nous avons affaire à une écriture et une mise en scène efficaces, incisives et très originales. (…)

Avec ce procès fait à un animal, Gwendoline Soublin relie intelligemment les procès du passé, que les hommes faisaient aux animaux [cf Les procès faits aux animaux de Jean Follain], aux procès du présent, que les animaux (par la voix des hommes cependant…) font aux hommes, c’est-à-dire aux procès faits par les antispécistes qui, arguant qu’ils sont d’une commune espèce, voudraient qu’une même dignité et des droits identiques soient conférés aux hommes et aux animaux. Dans le cadre délirant des live participatifs et des réseaux sociaux, les messages prêtés à ceux qui sont antispécistes sans le savoir sont férocement drôles (…)

Mais l’essentiel est peut-être que cette odyssée porcine surgie d’une écriture originale et foisonnante nous fasse mieux comprendre et fuir les horreurs qu’elle met si bien en évidence. »

[Frédéric Dieu, Profession Spectacle, 1er octobre 2018]

Le texte à l’étranger

Traduit en tchèque par Petr Christov Režie.
Mise en voix par Linda Dušková lors du Festival Mange ta grenouille, Prague, Tchéquie, 11 mai 2018.


Lecture-spectacle dirigée par Sèdjro Giovanni Houansou, Institut français du Benin, à Cotonou, le 26 septembre 2018.


Traduit en allemand par Lydia Dimitrov, Andreas Jandl und et Corinna Popp.
Mise en voix au Festival Primeurs 2018 par Matthias Mühlschlegel, le 24 novembre à Sarrebruck, Allemagne.


Traduit en roumain par Diana Nechit à l’occasion du Festival Sibiu 2019, en Rounanie.
La pièce est présentée au festival international de Sibiu le 21 juin 2019 à 14h.

Vie du texte

Commande de la Sala Beckett – Obrador d’Estiu de Barcelone, Espagne, en 2016. Une première version est traduite et jouée en catalan.


Mise en espace à la médiathèque de Vaise, Lyon, lors des Journées des Auteurs de Lyon 2017, le jeudi 30 novembre 2017.


Lecture dirigée par Christian Taponard, avec les élèves du Conservatoire de Lyon, Théâtre de L’Élysée, Lyon, les 18 et 19 janvier 2018.


Lecture par les comédiennes Laure Haulet et Marie Sambourg en présence de l’auteure, librairie Théâtrale, Paris, le 2 février 2018.


Mise en espace par Florent Barret-Boistrand lors du Festival Regards Croisés à Grenoble, avec Sarah Barrau, Élisa Bernard, Marie Champion, Hélène Gratet, Sylvie Jobert et Colin Melquiond, le 26 mai 2018.


Lecture à la Mousson d’été , dirigée par Laurent Vacher, Pont-à-Mousson, 24 aout 2018.


Piste d’envol du Théâtre du Rond-Point, Paris : lecture par Philippe Mangenot, le 13 novembre 2018.


Lecture au Théâtre du Vieux-Colombier par les comédiens de la troupe de la Comédie-Française, le 2 février 2019.


Lecture dirigée par Juliette Steiner, avec Marie Seux, Muriel Inès Amat, Françoise Lervy, Coline Kuentz, Naëma Tounsi, Vincent Arot, TAPS ? Strasbourg, le 5 mars 2019.


Lecture dirigée par Philippe Mangenot avec Sven Narbonne, Mathilde Saillant, Laure Barida et Johan Boutin, Théâtre de la Manufacture, Avignon off, le 11 juin 2019.


Création radiophonique par France Culture, L’Atlier Fiction, diffusée le 31 mai 2019, puis disponible en podcast
dans une réalisation de Christophe Hocké avec Dan Artus, Vladislav Galard, Geoffrey Carey, Julian Eggerickx, Jean-Louis Coulloc’h, Grégoire Monsaingeon, Florence Mazot, Bénédicte Cerutti , Rose Martine , Sarah Chaumette , Zacharie Lorent , Hector Manuel , Judith Zins , Margaux Grilleau , Charly Fournier, Grégoire Tachnakian, Yilin Yang, Bruno Labrasca, Manika Auxire, Adama Diop, Emmanuelle Lafon, Yves Yan.

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