ISBN : 978-2-84705-155-1 EAN : 9782847051551 13x21cm, 144 p., 16 €Publié avec le soutien du Centre national du livre, et de la Région Normandie, de la Drac et du Centre national du livre au titre du FADEL Normandie 2 hommes, 3 femmes, chœur

L’homme brûlé

PERSONNAGES

Anton
Léna, la femme d’Anton
Boris, le fils d’Anton et de Léna
MLM, Madame la Maire (puis EX MLM)
Alice, la fille de Madame le Maire
Le Chœur

Le texte entre parenthèses est adressé aux spectateurs.


I – symptômes

1.

Le Chœur :
Ce pourrait être au printemps,
au début de l’été,
au cœur de l’automne,
à la fin de l’hiver ;
avant après pendant quelle importance.
Seul compte le contexte.
Tout ne dépend que du contexte.
Le contexte, aujourd’hui, c’est l’Europe.
Tout se passerait quelque part en Europe.
Notre Europe de notre époque.
Tout se passerait dans un village.
Un village de notre Europe.
Ce village, nous l’appellerons le Petit Village.
Peu importe le pays.
Le Petit Village est en Europe.
C’est un vieux village
Il est vieux comme l’Europe.
Le petit village a été construit sur une terre généreuse,
nourrie par le sang des guerres
comme la plupart des terres de notre vieille Europe.
Une petite mairie arbore le drapeau du pays.
Une école presque vétuste.
Une église,
un cimetière,
un arrêt d’autocar,
comme la plupart des villages de notre vieille Europe.
Autour du Petit Village s’étirent quelques sentiers,
quelques champs,
un bois que tous appellent le Bois d’A-Côté.
A une vingtaine de kilomètres du Petit Village,
il y a la Grande Ville,
une grande ville de notre Europe.
La Grande ville survit grâce à sa zone commerciale,

grâce à ses faubourgs au Nord au Sud à l’Est à l’Ouest,
son Stadium,
son centre-ville piétonnier où s’agglutinent boutiques en tout genre et restaurants.
Un autocar permet de se rendre du Petit Village à la Grande Ville.
Un aller le matin un retour le soir.

Boris. – Revenu de la Grande Ville en autostop.
Autocar manqué.
Le prof d’histoire ne voulait pas nous lâcher.
De la pluie à n’en plus finir.
De l’attente à n’en plus finir.
Rentré.
Quand même.

Alice. – Je t’ai attendu plus d’une heure.
Sur le banc.
Sur la place.

Boris. – Il n’y avait pas d’autocar.

Alice. – T’es chiant.
Tu crois que je n’ai que ça à faire.
Attendre Monsieur Boris.

Boris. – Je t’ai dit.

Alice. – Tu fermes tes mots dans ta bouche.
Je suis sur la place.
J’attends comme une pioche.
Je ne sais pas ce que je dois faire.
Si je dois partir.
Si je dois rester.
J’attends.
Pendant plus d’une heure.
La prochaine fois je ne t’attendrai pas.

Boris. – Tu m’attendras.

Alice. – Dans tes rêves.
Tu crois quoi.
Que tu es le centre du monde.
Espèce de fils unique.

Boris. – Pas d’autocar.
T’entends ça.
Rentré avec la main levée le pouce levé sur le bord de la route.
Attendu trois quarts d’heure qu’un Johnny s’arrête.
Comprendo.

Alice. – M’embrasse pas je te dis.

Boris. – T’as le cerveau gelé ce soir.

Alice. – Prends ta main si tu as du chagrin.

Boris. – Viens on va au cimetière il y a un nouveau mort.

Le Chœur :
Alice et Boris se connaissent depuis longtemps.
Depuis qu’ils sont enfants.
Ils ont ensemble grandi dans le Petit Village.
Ils aiment le cimetière.
C’est au cimetière qu’ils ont échangé leur premier baiser langues dans la bouche.
Leurs premières caresses maladroites.

Alice. – 88 ans.
Il a eu le temps de vivre.
Pas envie de durer aussi longtemps.
A la fin tu ne ressembles plus à rien.
Je vais pisser.
(…)


7.

Alice. – On veut te parler.

MLM. – Comment vas-tu Boris.

Boris. – Comme un pitbull en cage sous un ciel étoilé.

Alice. – On peut te parler.

MLM. – Oui.

Boris. – On a un projet.

Alice. – Laisse-moi parler.

Boris. – On avait dit

Alice. – Changement d’avis Johnny.
Je connais ma mère.
Si tu parles trop,
tu tomberas de l’escabeau.

MLM. – Ton grand-père disait ça.

Alice. – Le père de mon père ou le père de ma mère ?

MLM. – Si tu as des choses à me dire je t’écoute.

Alice. – Avec Boris l’autre soir,
on voulait se faire un ciné.
Mais je n’avais pas d’argent.
Pas possible d’y aller.

MLM. – Un reproche.

Alice. – Un simple constat.
On s’ennuyait ferme.
Alors on parlait on parlait.

Boris. – On aime bien parler.

Alice. – Laisse-moi parler.

Boris. – Je te laisse parler.

Alice. – On a commencé à imaginer un truc.

MLM. – Ne parle pas comme ça Alice.
Truc ne veut rien dire.

Alice. – Un projet.

MLM. – Un grand mot.

Alice. – Une idée.

MLM. – Tu n’es pas assez précise quand tu t’exprimes Alice.

Alice. – Maman.

MLM. – Je t’écoute.

Alice. – Dis-lui.

Boris. – Le samedi.
Chaque samedi.
Enfin un samedi par mois,
dans un champ,
un champ du Petit Village,
on voudrait,
on aimerait,
on aimerait c’est mieux non.
Oui.
Donc Alice et moi on aimerait proposer un Ciné-Drive.

MLM. – Quelle idée.

Boris. – Oui mais non parce qu’on a réfléchi le truc.
Enfin le projet.
L’idée.
On a tout pensé dans nos crânes.
Les gens viennent.
Ils viennent avec leurs voitures.
Ils se garent dans le champ.
On pense au champ qui est derrière la mairie.
Votre mairie.
La belle mairie.
Et sur un écran géant un film.
A l’américaine.
Comme ici le temps c’est toujours moyen,
les gens,
dans leurs voitures,
ils seraient à l’abri.
Pas besoin de faire 40 kilomètres.
Du ciné de proximité.

MLM. – Alice.

Alice. – Tout est dit.

Boris. – On vendrait les tickets,
on placerait les voitures,
on tiendrait un stand pop-corn et compagnie.

MLM. – Vous avez une trace écrite de votre idée.

Alice. – Tu en penses quoi.

MLM. – Vous voulez quoi.

Alice. – Que tu nous aides.

MLM. – Moi.

Boris. – Madame la Maire.

MLM. – Ce n’est pas pareil.

Alice. – Est-ce que Madame la Maire pourrait nous aider pour notre idée.

MLM. – Financièrement.

Boris. – Un coup de pouce.

MLM. – Il me faut une trace écrite.
L’idée la motivation le budget.
Pour la soumettre au conseil municipal.

Boris. – Elle ne dit pas non.

MLM. – Je n’ai pas dit oui.

Alice. – Elle n’a pas dit oui.

MLM. – Voilà.

Alice. – Tu vois.

MLM. – Dites-moi,
vous qui êtes jeunes,
couleur fuchsia pour la façade de la salle des fêtes,
vous en dites quoi.


III – métastases

3.

MLM. – (Chères concitoyennes chers concitoyens vous allez élire votre maire j’ai le plaisir la joie le bonheur aussi oui le bonheur la fierté bien sûr de vous annoncer que je me représente pour un cinquième mandat avec les élus vous le savez nous nous battons quotidiennement pour sauvegarder le Petit Village de la désertification vous le savez nous déployons notre énergie pour imaginer des solutions afin de ne pas être rayé définitivement de la carte de l’Europe comme d’autres villages le sont déjà.)

Anton. – (Chers compatriotes depuis 20 ans Madame la Maire gouverne le Petit Village tenir aussi longtemps n’a pas été difficile puisqu’elle n’a jamais eu d’adversaire à chaque élection précédente vous deviez choisir entre Madame la Maire ou Madame la Maire aujourd’hui la situation est différente Madame la Maire a un adversaire je suis là je suis là pour la battre je suis là pour gagner cette élection je suis là pour mettre cette femme face à ses responsabilités face à son bilan son bilan désastreux.)

MLM. – (Chères concitoyennes chers concitoyens durant mon mandat mon équipe et moi nous sommes battus pour tenir et réaliser les propositions que nous vous avions faites j’ai réalisé le programme que j’avais proposé alléger la pression fiscale en agrandissant le Petit Village maintenir le nombre d’habitants aider nos petites entreprises à tenir la tête hors de l’eau malgré la période difficile que nous traversons l’entretien et l’amélioration du cadre de vie la rénovation de la façade de la Salle des fêtes autant de propositions que je vous avais promises autant de propositions que nous avons réalisées.)

Anton. – (Chers compatriotes Madame la Maire prétend être apolitique elle se targue de n’avoir aucune étiquette de n’appartenir à aucun parti qui peut le croire personne elle est tout et son contraire mais vous voyez bien qu’au niveau du pays qu’on soit d’un bord comme de l’autre ça ne change rien Madame la Maire appartient à un système politique corrompu jusqu’à la moelle qui marche au pas de l’Union européenne.)

MLM. – (Chères concitoyens chères concitoyennes depuis 20 ans je n’ai qu’une ambition vous le savez je veux faire entrer le Petit Village dans le XXIème siècle regardez les photos du Petit Village qui datent d’une quarantaine d’année regardez le Petit Village aujourd’hui regardez la transformation regardez le travail que nous avons accompli ce travail nous l’avons accompli pour l’intérêt de la collectivité et nous n’avons pas fini pour les cinq ans à venir nous lancerons la construction d’un deuxième lotissement nous réfectionnerons la route qui mène au Bois d’À-Côté nous poursuivrons l’amélioration du cadre de vie nous investirons dans les équipements sportifs et je m’engage à ce que le petit village reçoive le THD le très haut débit d’ici l’année prochaine.)

Anton. – (Chers compatriotes Madame la Maire prétend qu’elle a un programme hors elle n’a pas de programme elle n’est capable que de proposer des mesurettes soumises au diktat de l’Union Européenne que propose t’elle pour lutter contre l’insécurité rurale contre l’immigration de masse contre le chômage paupérisant contre la prostitution mafieuse qui jalonne les routes de nos belles campagnes rien dans sa bouche je n’entends que du vide.)

MLM. – (Chères concitoyennes chères concitoyens)

Anton. – (Chers compatriotes)

MLM. – (je vous le répète je vous le redis et redirai encore et encore ce qui compte pour moi avant tout c’est le vivre ensemble)

Anton. – (pouvons-nous continuer de vivre avec la peur)

MLM. – (ce qui compte pour moi c’est l’intérêt de la collectivité)

Anton. – (pouvons-nous continuer de craindre le pire chaque fois que nous mettons le nez dehors)

MLM. – (ce qui compte pour moi c’est préserver le lien social qui nous rassemble)

Anton. – (pouvons-nous continuer d’avoir peur pour nos biens pour nos proches)

MLM. – (et je refuse et récuse et accuse toute forme de rejet toute forme de repli sur soi)

Anton. – (pouvons-nous continuer de nous dire qu’un jour ce village ne sera habité que par des étrangers qui ressemblent à des grosses pastèques.)

MLM. – (je suis née avec le combat contre l’extrême droite c’est mon ADN personnelle.)

Anton. – (Un jour ce village ne s’appellera plus le Petit Village mais la Grande Pastèque ?)

MLM. – (Pouvons-nous continuer d’entendre mon adversaire dire n’importe quoi dans ce débat public ?)

Anton. – (Pouvons-nous continuer de nous dire qu’un jour nos enfants la chair de notre chair le sang de notre sang ne pourront plus aller à l’école de leur village.)

MLM. – (Voyez comme ses mots ne sont que les fruits d’une fantasmagorie qui dépasse l’entendement )

Anton. – (parce que dans la cour de récréation les autres enfants ne parleront que la langue des pastèques non non et non.)

MLM. – (c’est affligeant d’être capable de prononcer autant d’inepties à la seconde j’ai l’impression d’écouter le gourou d’une secte qui)

Anton. – Mais ferme ta gueule ferme ta grande gueule avec ton joli langage et tes phrases toutes faites.

MLM. – Votre incivilité vous
ça vous fait rire ?

Anton. – Oui.

MLM. – (Voyez comme ce parti n’a que la brutalité et la vulgarité pour se faire entendre.)

Anton. – (Non.
Nous n’avons pas que la brutalité même si malheureusement elle est souvent nécessaire.
Nous avons de l’intelligence aussi.)

MLM. – (Il serait temps de nous la montrer.)

Anton. – Mademoiselle pouvez-vous me rejoindre s’il vous plait.

entrée d’Alice.

MLM. – Alice tu

Anton. – Alice.
Charmante Alice.
(Pour celles ou ceux qui ne le savent pas ;
Alice est la fille unique de Madame la Maire.
Alice a choisi me soutenir.)

MLM. – Petite traitresse.

Anton. – (« Petite traitresse » ;
on se croirait dans une tragédie grecque.)

MLM. – Ce n’est pas sérieux.

Anton. – C’est très sérieux.
Elle me soutient.
(…)

Extrait de presse

« Pour la première fois, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, 90 députés de l’AFD (alternative pour l’Allemagne) font leur entrée au Bundestag. Ce parti récent, d’abord anti-Europe, s’est affirmé peu à peu comme hostile aux entrées de migrants sur le territoire fédéral, à la suite de la politique « ouverte » de la Chancelière, réaffirmant aussi des valeurs « germaniques ».

D’une certaine manière, la pièce de Christophe Tostain, L’homme brûlé, témoigne du climat mortifère qui s’étend sur le Vieux Continent et des électorats favorables au rejet des « étrangers ». En ce domaine, il s’agit non seulement du cas allemand mais aussi des politiques menées en Hongrie, en Pologne ou de la percée d’organisations proches du néo-nazisme comme Aube dorée en Grèce.

Les personnages de la pièce d’ailleurs ont des prénoms qui ne s’inscrivent pas dans un seul territoire onomastique : la famille avec le père Anton, son épouse Léna, et leur fils Boris pourraient être russes tandis que l’amoureuse de Boris s’appelle Alice. Nous sommes seulement quelque part en Europe, dans un « Petit village » relié par autocar à « une Grande Ville », parfois les personnages entre eux usent de mots anglais pour s’adresser à l’autre : « mother, Johnnie ».

En revanche, l’auteur définit sa pièce comme une forme classique : il la construit en cinq actes à la manière des grandes tragédies ; il met en place un chœur (…) Enfin, il crée Zeus, chef de file d’un groupe d’extrême droite qui, sans être une incarnation scénique, endosse un rôle essentiel dans la pièce d’abord en tant que recruteur du père de famille, Anton, et à la fin en tant qu’ange exterminateur. (…)

En vérité, la fable antique de l’enlèvement d’Europe agit comme un miroir poétique au réel contemporain et à sa représentation dans l’écriture dramatique. (…)

Tout ceci relève de la violence du sexe et du pouvoir. Dans la pièce, le personnage de Zeus en quelque sorte kidnappe idéologiquement Anton déjà fragile en homme middle class et amateur de foot, qui à son tour entraînera la jeune Alice dans son sillage, faisant d’elle une alliée zélée à la mairie. (…)

L’auteur réinvestit à la fois l’abjection des lois anti-juives durant l’Occupation avec leurs imbéciles impératifs de plus en plus contraignants et toute une rhétorique xénophobe détournant par exemple l’injure « melons » en « pastèques », évoquant les odeurs, le bruit de ceux « qui ne sont pas d’ici nationalement parlant », afin de « délocaliser la vermine ». (…)

En fin de compte, c’est peut-être le personnage de Léna, l’institutrice, mère de Boris et épouse d’Anton, qui seule reste digne jusqu’à la solitude et la folie, dans la pièce. Léna, la petite-fille d’un juif déporté à Auschwitz qui se raccroche à la lettre de cet homme. Une lettre contre tous les discours. Le récit contre les dialogues. Vains.

L’homme brûlé est en somme une traversée tragique dans la nuit de L’Europe, dans la nuit de la parole dévoyée. »

[Marie Du Crest, La Cause littéraire, 18 octobre 2017]


« Le propos est limpide. Et l’histoire est servie par une écriture précise, rapide, efficace, chirurgicale même, tant le propos fait penser à l’évolution d’une maladie grave dont le pronostic ne peut être que la mort. Et le choix final proposé est sans ambiguïté : fuir ou mourir.

La pièce de Christophe Tostain est plutôt noire, même si l’auteur est aussi capable d’humour et de poésie. Cinq parties, cinq actes pour disséquer la mainmise de l’extrême droite sur un petit village quelque part en Europe. N’importe où. Peut-être chez nous. Pour en comprendre les mécanismes et pointer les lâchetés successives, les intérêts particuliers, et les aveuglements qui aboutissent à l’horreur finale. (…)

Zeus, Europe, le Taureau blanc, les références à la mythologie sont claires dans l’évocation de ces personnages. Comme si le combat qui va se dérouler dans le Petit Village était inscrit de toute éternité dans l’histoire humaine. Comme s’il était encore nécessaire de rappeler que la vigilance et la résistance ne doivent jamais se relâcher.

Ce combat, c’est le retour de la bête immonde dirait Bertolt Brecht. Une bête secrétée par le corps social lui-même, par la peur et la détestation de l’autre, une bête qui surgit quand le père de Boris s’aperçoit que parmi les nouveaux arrivants du lotissement se trouvent des étrangers. (…)

Les titres donnés par l’auteur aux différentes parties de son texte sont éclairants : « symptômes », « diagnostics », « métastases », « phase terminale », « incinération ». Nous sommes bien en présence d’une tumeur, d’un dérèglement du corps social, d’une prolifération cellulaire qui finit par contaminer et par étouffer tout le monde, ceux qui adhèrent aux idées, ceux qui font semblants de ne pas voir les conséquences, ceux qui sont dépassés par les événements et ceux dont l’impuissance paralyse l’intelligence.

L’écriture de Christophe Tostain suit le drame : elle passe de la chronique pittoresque d’un petit village à une démesure ubuesque où le village frappé de folie assiste à la mise à mort d’un étranger transformé en torche vivante. La langue raconte autant que les faits.

Et nous voyons évoluer tout doucement les cinq personnages, chacun pris dans sa logique personnelle, tandis qu’un chœur antique apporte les précisions nécessaires, nous prend à témoin et achève le propos par un terrible constat : Vieille Europe, les siècles ont crevé tes yeux. »

[Patrick Gay-Bellile, Le Matricule des Anges, n°189, janvier 2018]


« Il y a donc, dans la pièce de Christophe Tostain, le cancer de la xénophobie, sa fatale dynamique, et le drame de l’oubli de l’histoire.

(…) la filiation s’est perdue et l’on comprend alors que le fils et la fille, qui sont amants, aillent « voir au cimetière si on trouve nos parents ». D’une certaine manière, la pièce est bâtie sur deux mouvements inverses mais contemporains, l’un de diffusion d’un discours de haine et de mort, l’autre de disparition du dialogue entre les générations. (…)

Le plus grand mérite [du texte] est de montrer qu’à force d’oubli de l’histoire, qu’à force d’appauvrissement de la mémoire, un homme, un peuple, peuvent devenir les jouets d’une « politique » aussi haineuse que stupide, si stupide qu’elle en serait drôle si elle n’était pas en même temps, justement, haineuse et mortelle pour ceux qui en sont victimes.

L’auteur le montre très bien par le crescendo des arrêtés municipaux édictés par le nouveau maire d’extrême-droite qui frappent les pastèques du village d’interdictions, en lettres capitales, toujours plus larges et plus ridicules (…)

L’homme brûlé, c’est l’autre, voisin mais étranger. C’est le prochain que l’on ne veut pas voir, c’est le prochain que l’on ne veut pas être. »

[Frédéric Dieu, Profession-spectacle, 10 janvier 2018]


« Le dramaturge braque ses vers libres comme autant de projecteurs sur l’actuelle récidive raciste au sein même des classes moyennes blanches européennes, aisées et éduquées ; »

[L’Avant-scène Théâtre, n°1443, 1er juin 2018]

Le texte à l’étranger

Traduction en anglais par Lisa Beckett, université de Queens à Belfast, 2018.

Vie du texte

Création dans une mise en scène de Christophe Tostain avec Delphine Dupin, Malika Labrume, Kévin Lelannier, François Xavier Malingre, Elisabeth Tual, au Théâtre de l’Archipel à Granville (50), puis au Théâtre de Lisieux le 3 mars 2017.

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