ISBN : 978-2-84705-117-9 EAN : 9782847051179 13x21cm, 72 p., 12,50 € 2 femmes ou 3, 3 hommes Publié avec le soutien du Centre national du livre

Au Bois

Avec
Une Mère normale
Une Petite sublime
Un Loup normal et beau
Un Chasseur normal et hideux
Un Bois normal et moche
La RumeurPublic normalement atroce
Voix merveilleuses

Extrait : UN - PROMENONS-NOUS DANS LE BOIS

p. 16
BOIS - PETITE - LOUP - MÈRE

On ne s’amuse plus dans les bois On ne cueille plus fleurs noisettes et autres vanités On ne traîne pas On se dépêche de les traverser
Quand on est une fille Une fille avec ses atours de fille Les rues pas éclairées les coins à l’abri sous les ponts les anciennes voies ferrées les usines abandonnées les maisons en construction les abribus pas fréquentés les parkings de supermarché les cours d’école les squares les bassins les parcs les terrains de basket les pistes cyclables les jardins d’enfants on laisse tomber
On prend le chemin le plus direct On ne va pas à rollers à bicyclette en skate à trottinette On prend sa carte de transport C’est le prix à payer
Toutes les mères savent qu’il y a des loups dans la forêt dans le bois le parc le long de l’autoroute sur les terrains de sport sur le parcours de santé
Toutes les mères ont envie de se faire
Croquer toutes crues
Mais on dit toujours autrement
On dit
On dit que ce sont les filles les jeunes qui cherchent
Les ennuis
La bagatelle
Les jeunes se font croquer crues et nues sans aller dans la forêt
Tant qu’à faire elles préfèrent se faire dévorer à New York Madrid Londres Berlin Pékin Stockholm Jérusalem
Le Bois juste à côté
Arbres étriqués pelouses radines mares asséchées et autres mochetés pour sportifs essoufflés
Franchement ça ne leur dit rien
Ça ne les fait pas rêver


Extrait : DEUX - PENDANT QUE LE LOUP N’Y EST PAS

p. 25
MÈRE - PETITE

Ma chérie cet après-midi /
Peux pas Interrogation /
Elle se languit /
C’est la vie

Quand elle commence comme ça je vous l’ai dit c’est mal barré

C’est ta mamie /
C’est ta maman
On n’en a qu’une /
Bien fait pour sa prune
Tu n’es pas gentille
Je sais maman

Ni câlins ni baratin RIEN

Si tu veux sortir ce soir /
N’insiste pas Je sors pas Je reste là
Si tu veux aller voir tes copines /
Je préfère voir un film avec toi
Ma petite Ma grande

Faire bref couper court arrêter l’hémorragie

La Nuit du chasseur ça te dirait maman
C’est vieux c’est un truc pour mamie /
C’est un chef d’œuvre Ça vieillit pas
C’est triste c’est en noir et blanc /
Les chefs d’œuvre c’est pas triste C’est des chefs d’œuvre Ah bon c’est en noir et blanc
J’ai besoin de me changer les idées /
Moi c’est le contraire J’ai besoin de fixer mes idées Tu sors je reste là Moi interrogation toi action Pigé maman

Elle est plus mal barrée que moi

La dernière fois On m’a volé ma bicyclette /
Prends un VéloDeVille
Je me perds dans le bois /
Tu vas toujours tout droit Un enfant saurait
Tu es méchante avec moi /
Je suis ta fille tu es ma mère tout est OK
Tu n’es pas drôle /
Tu déprimes tu as perdu tout humour
Tu ne veux pas /
Je ne veux pas
Mon bébé

Elle est définitivement barrée

J’ai acheté des galettes /
Vas-y vite avant de les avoir mangées
Et un petit pot de /
Mamie aime le saucisson
Elle a plus de dents /
À méchante méchante et demi
S’il te plaît vas-y ma chérie je suis CREVÉE
VAS-Y TOI-MEME

Et là je me tire

Où tu vas /
Au CaféParadis Réviser à fond Réviser À MORT pour la DERNIÈRE épreuve de l’année À ce soir mam

p. 32
CHASSEUR

Un chasseur vint à passer Sans raison Sans saison Les chasseurs passent qu’on se le dise Les loups le savent Mais tout le monde fait semblant de l’ignorer Les chasseurs ont le nez pour les histoires horribles Les histoires qui puent Un chasseur passe Le joli Bois que voilà Pourquoi n’y avais-je point songé Si près Le chasseur passe et repasse C’est un excellent marcheur Un retraité bien entraîné Dans le bois il les voit Courir Les belettes Mais sans loups les belettes ne valent pas tripette Un bon chasseur connaît la chanson

BRAME DU CHASSEUR

Un chasseur chassant chasser sans son chien on l’appelle chasseur ?
Un chasseur sans costume de chasseur peut-on deviner qu’il est là pour chasser ?
Un chasseur en manque de gros gibier peut-il chercher sans trouver ?
Un chasseur sans terrain de chasse sait-il en inventer ?

Si la nuit les loups sont partis Si les belettes sont au lit
Chasseur sachant chasser va se coucher

Un chasseur sachant tuer sans permis a-t-il permis de tuer ?
Tout est proie à qui sait attendre Tout est loi à qui fait la sécurité
Petit Bois pour pieds grand bottés
Combien de fois chasseur croiserai
Cours belette
Chasseur se tient à la fenêtre
Tient loup en son collimateur et petit pot de beurre

Si la nuit tous les loups sont gris Si les belettes sont sorties
Chasseur à pas de loup vient par ici

Ah les loups sont partout Dans le journal à la télé
Les loups sont revenus dans nos forêts
Harceler les harceleurs
Tayi Tayo Loups ont bon dos
Chasseur sachant chasser sait bois et loups trouver
Juste en tournant le coin On a tout sous la main
En son collimateur que du bonheur


Extrait : TROIS - SI LE LOUP Y ÉTAIT

p. 37
BOIS - LOUP

La vie est brève Mères le savent Filles encore l’ignorent Où sont hommes passés Irait-on porter galette au vieux papa qui en serait émulsionné Son mâle honneur par sucrerie tout amolli Et serait-ce la fille ou la femme du fils si fils existait Ou la fille du fils Car le fils l’aurait déjà envoyé paître Les filles aussi envoient paître les pères Seuls les pères veulent croire autrement Et les mères mêmement Tout ça est déjà autrement Et cependant pas tout à fait vraiment À la femme le soin de prendre soin toujours revient Et par délégation naturelle à la fille Il y a encore bien de l’insatisfaction dans la situation C’est ainsi que les mères rêvent de loups et de forêts Et de se faire dévorer Ah si les rêves pouvaient mordre la réalité Et que toutes en sang elles sentent enfin la vie leur passer par le corps Dut-elle La vie Les quitter À leur corps défendant

p. 38
MÈRE

C’est une faim sans raison Sans saison Une faim transgénérations Une saloperie d’héritage Une maladie Refilée DE MÈRE EN Un suçon de GAMINE Un poison Une vraie FAMINE Malédiction Je te fais ta TARTINE Une faim de loup Une dévoration DE LOUVE Et la faim grandissait Et l’enfant dévorait Et la mère enfournait FAIM FAMINE GAMINE TARTINE CANINE Une visitation Chaque samedi et dimanche En son déshabillé Touillait Accommodait Beurrait Nappait Crémait Faim d’ogresse Panait Rissolait Flambait Rôtissait Ô Transmission Ô Maison Ô Filiation Ô Matrice Ô Génisse Suait en son déshabillé UNE CUILLERÉE POUR MAMAN UNE CUILLERÉE POUR MAMIE UNE CUILLERÉE POUR Un festin Un banquet Et recommandations Vous les préférez d’élevage ou sauvages SAUVAGES SAUVAGES Régalade Ripaille Mieux vaut manger qu’être Ô GUEULETON

Distinctions

Pièce lauréate du Prix Collidram 2015, prix de littérature dramatique des collégiens.

émission du 21 avril 2015


Au Bois fait partie des trois pièces sélectionnées par EURODRAM 2016.


Pièce finaliste du Prix Godot des lycéens 2016.


Pièce bénéficiant d’une Aide à la Création du CNT (novembre 2014)

Extraits de presse

« Tout a changé. Et pas seulement la bobinette et la chevillette remplacées par des serrures trois points. Quand les bois jouxtent les quartiers périphériques de la ville, on y trouve aussi bien des sentiers de jogging et des belettes en sueur qui tentent de conserver la ligne que des canettes de bière ou des préservatifs abandonnés par les animaux de nuit. On y croise également des loups de tous les âges. Pour certains à rollers avec un casque sur les oreilles et de la musique anglaise qui braille. Pour les autres, moins avenants et bien plus prédateurs sous les airs rassurants de bons pères de famille rangés. On y croise aussi des chasseurs qui réveillent le souvenir du sombre film de Charles Laughton.

Et cependant le bois attire les convoitises. Si les petits Chaperon rouge ne sont plus très pressées de les traverser au pas de course afin d’aller livrer du beurre à leur Mère-grand alitée, les encore jeunes maman des petits Chaperon rouge en leur déshabillé de nuit rêvent de temps en temps de ce regard du loup qui ne se porte plus sur leurs rondeurs. Et la petite comptine Nous n’irons plus au bois est un rappel amer de leur jeunesse en fuite.

Une adaptation à la fois très libre et paradoxalement assez fidèle du conte de Charles Perrault où l’écriture très particulière de Claudine Galea joue avec toutes les références, entre légendaire et réalisme, pour écrire un conte théâtral actuel sur la peur ancestrale du loup. Laquelle se tisse aussi d’attirances non avouées voire d’un désir de prédation, comme les célèbres tatouages sur les phalanges de Robert Mitchum : Hate or Love. »

[Gilles Boulan, Comité de lecture du Panta Théâtre, Caen, janvier 2015]


« Claudine Galea n’avais pas écrit cette pièce pour les jeunes : Au Bois a pourtant été récompensé par les collégiens à l’occasion du prix Collidram 2015.

Dans cette variation du Petit Chaperon rouge, le climat trouble de La Nuit du chasseur concurrence l’atmosphère du conte. (…)

On salue ce beau texte, très audacieux. »

[La Revue des livres pour enfants, n°284, septembre 2015)


Très bon livre

« Il est question ici d’une mère, d’une fille, d’un loup et d’un bois. Ce conte détourné du Petit Chaperon rouge est traité de façon moderne. Les personnages ont grandi ou plutôt vieilli et il est intéressant d’approfondir la teneur du conte en lui offrant d’autres interprétations possibles. (…)

La construction du texte de Claudine Galea se distingue d’une pièce de théâtre classique avec un dialogue en continu que seuls les slashs vont interrompre. (…)

J’ai été séduite par la vérité, voire même la férocité du texte, son langage cru, direct et sans fard. »

[Cécile Lhommeau, Livrjeun Nantes, 2015]


« L’auteure Claudine Galea s’est amusée des clichés et des récurrences diverses accompagnant l’image frelatée du Loup, du Chasseur et du Petit Chaperon Rouge.

La fable nouvelle et réactualisée s’éclaire de la présence de la Mère et de la Rumeur publique : préjugés, qu’en dira-t-on, jugements à l’emporte-pièce, présupposés soupçonneux, condamnations précipitées et mauvaise foi tenace de la médisance. On ne peut plus faire peur à la petite fille décidée et fascinée par ce qu’elle ne connaît que peu encore (…)

Quant au Loup et Chasseur – la voix colportée du monde -, il joue autant que faire se peut avec la puissance de ses deux compagnes subversives et résistantes (…) »

[Véronique Hotte, Hotello, 20 juin 2016]


« La dramaturge offre une relecture à la fois poétique et mordante du Petit Chaperon rouge où elle revisite l’imaginaire intemporel de la littérature enfantine sous un angle on ne peut plus contemporain.

Un texte piquant remarquablement servi par une mise en scène drôle et inspirée où musique et jeu des acteurs sont étroitement intriqués.

(…) Une des particularités de Au Bois, c’est que tout en s’exprimant à la première personne du singulier, les personnages y ont une identité poreuse. Cette ambivalence agit en profondeur au point de suggérer une entité générale diffuse comme si l’on se trouvait au cœur d’un maelström mental ou verbal, un creuset où l’imaginaire intemporel du conte se mêle à des préoccupations plus contemporaines.

Le texte alterne dialogue serrés, monologues, tirades collectives et même chansons sans oublier les interventions d’un chœur, la RumeurPublic ou de Voix merveilleuses, dites aussi "Chœur des belettes". (…)

De ce texte fort bien écrit à l’ironie mordante, on se dit qu’il aurait aussi bien pu faire l’objet d’un livret d’opéra. D’où l’intérêt de cette version chorale en forme d’incursion poétique et musicale traversée de réminiscences et autres épiphanies relues à lumière du fait-divers et autres événements traumatisants qui alimentent nos mythologies contemporaines. »

[Hugues Le Tanneur, Des mots de minuit, 3 mai 2018]


« une pièce décapante, pensive et tragicomique qui réinvente le Petit Chaperon rouge par ses femmes. (…)

Huis-clos de désir étouffant, peu à peu intenable, où la sexualité s’avère une force irrépressible.

Une pulsion obscure dite par la musique, guitare électrique, les images d’ombres peuplant un bois à la nuit projetées sur l’cran, et la lumière qui enserre peu à peu la jeunesse du corps de Séphora Pondi, lumineuse chaperon rouge de notre pièce.

Cette mise en scène, par sa sauvagerie, nous annonce un sacrifice. »

[Oriane Jeancourt Galignani, Transfuge, 8 mai 2018]


« … pièce féroce et surprenante, une version très contemporaine du conte de Charles Perrault.
Il était une fois une mère et sa fille ado, habitantes d’une zone périurbaine. En quête d’émancipation, la petite rebelle refuse d’aller voir sa grand-mère de l’autre côté du bois - « C’est ta mamie/C’est ta maman/On n’en a qu’une !/Tant pis pour sa prune ».

La petite rêve. De Loup ? Peut-être. La mère oui. La quarantaine célibataire, elle en vient à traîner en chemin, s’évadant, songeuse… « Toutes les mères ont envie de se faire croquer toute nue », souffle le bois, personnage à part entière dans cette version libre et moderne du petit chaperon rouge (…)

Féroce et surprenante, très musicale, d’un humour mordant avec des phases burlesques, cette mouture rock et drôle n’oublie pas, aussi, de glacer le sang.

[Sylvain Merle, Le Parisien, 13 mai 2018]


Quand Claudine Galea, auteure de livres pour enfants comme pour adultes, relit l’histoire du petit Chaperon rouge, elle introduit du jeu et du trouble. La fille regarde vivre la mère et la juge : « pauvre maman, ton temps est passé ! » quand celle-ci la toise perfidement.

Pour exprimer ce ton caustique loin du XVIIe de Charles Perrault […], le metteur en scène Benoît Bradel convie un ensemble de talents. (…)

ce spectacle comme encouragement à la résilience des femmes en terrain miné est un joli coup.

[Emmanuelle Bouchez, Télérama, le 16 mai 2018]

Vie du texte

Maëlle Dequiedt, metteuse en scène sortante du Groupe 42 de l’École du TNS, créé la pièce sous forme de spectacle itinérant.
— 2 et 3 mai 2016 : collège Lezay Marnesia, la Meinau, Strasbourg
— 9 et 10 mai : Centre social l’Albatros, Lingolsheim
— 13 mai : Salle Saint-Denis, Théâtre National de Strasbourg


Création par la compagnie Zabraka, production TNS, coproduction Théâtre de la Colline, Scènes du golfe, Vannes, dans une mise en scène Benoît Bradel, avec Émilie Incerti Formentini, Raoul Fernandez, Emmanuelle Lafon, Seb Martel, Séphora Pondi et à l’image Gaël Baron, François Chattot, Valérie Dréville, Norah Krief, Annie Mercier, au Théâtre National de Strasbourg, direction Stanislas Nordey, du 14 au 28 mars 2018.

Puis en 2018
— Scènes du golfe Vannes – Morbihan, le 17 avril
Théâtre National de La Colline, du 3 au 19 mai

Haut