ISBN : 978-2-84705-118-6 EAN : 9782847051186 13x21cm, 56 p., 12 €polyphonie Publié avec le soutien du Centre national du livre

Sauver la peau

Extrait p. 9 à 14

« M. Le directeur. J’ai. L’honneur. De vous informer. Par la présente. Que. « Je » suis. Démissionnaire. De mes fonctions. Éducatives. Que j’exerce. Depuis le « telle date ». Démissionnaire de mon poste. D’éducateur. A compter du « telle date ». Selon. Le droit du travail. Et selon. La convention collective. En vigueur. Dans votre institution. « Je » ne ferai plus partie de vos effectifs à compter du « telle date ».
« Je » vous prie de recevoir. M. Le directeur. L’expression de. Ma considération. Distinguée. David. Léon. Emmanuel Christian ».
Dit l’auteur.
J’écris maintenant. A tous. Ça déborde. Je reprends « l’effort pour rendre l’autre fou ». Les larmes n’avaient pas coulé. Mon corps avait glissé. Le long de la banquette. Dans cette chambre de résidence. Où je travaillais alors avec les enfants. Lorsque tu me l’avais annoncé. « Ma sœur ». Qu’il s’était jeté sur le train. Notre frère. Matthieu. J’avais hurlé :
« Non ».
Plusieurs fois.
Tu m’avais demandé d’arrêter de hurler :
« Non ».
Mais les larmes n’avaient pas coulé.
Les mois qui ont suivi. Non plus. Dans l’appartement. Ça revenait. Parfois. Ça remontait. Mais pas des larmes. Une sorte de suffocation. Je glissais jusqu’au sol. Comme une bête. Semi-enroulée.
« Mais peut-être que tu es fait pour cela ».
Dit l’amie.
« Pour quoi ? »
Je demande.
« Pour raconter. Pour expliquer. Pour comprendre ».
Finalement on en revient au même point. Dans l’écriture. Au point de départ. Et toujours sur le même sujet. Sur le même fond.
Il n’y a pas de sujet. On ne choisit pas « son sujet ».
On est poussé à écrire.
« L’impérieuse nécessité ».
Dit Gilles Deleuze.
On en revient à la même mise en chaos.
Originelle. Inaugurale.
« Mon frère s’est jeté sur un train ».
Je dis.
« Oui. Comme tous les soignants. Toutes les personnes qui sont du côté du soin. On a tous quelque chose à réparer. Si on leur demandait à toutes ces personnes qui sont du côté du soin. Elles en témoigneraient. Toutes. Qu’elles ont toutes quelques chose à réparer ».
Dit la psychiatre. Psychothérapeute. La psychanalyste.
Non : rien à réparer. Il n’y a rien à réparer. Et réparer quoi ? Réparer pour qui ? Pour quoi ? De quoi ? Réparer ? Vous entendez. L’impact.
Du mot : « ré-pa-rer ». Vous entendez ?
« Ah oui. Réparer. Quelque chose de l’ordre de la ré-pa-ra-tion. Ah oui sans doute. Sans aucun doute. Ré-pa-rer ».
« Je » dis.
« Recoudre. Ou. Recoller. La tête. Au tronc. Opérer. Ressusciter ».
J’aurais plutôt dû vous hurler à la gueule que je cherchais la porte de sortie. Et ça depuis des années.
J’aurais plutôt dû vous dire le lien abominable que je faisais. Maintenant. Entre le carcan familial. Et le carcan institutionnel. Le carcan du soin. Institutionnel. Le carcan de l’éducation. De la rééducation. Institutionnelle.
Vous parler du lien infernal. Que je fais. Maintenant.
Entre « l’effort pour rendre l’autre fou », d’un bord comme de l’autre. De tous les bords.
La jeune fille est assise à l’arrière du camion. Avec ses camarades. Toutes plus ou moins folles. Toutes plus ou moins handicapées. Toutes avec des orientations. Des documents administratifs. Qui stipulent la prise en charge. Qui orientent. Qui indiquent ce qu’il serait bon de mettre en place. Pour les réparer. Pour réparer leurs situations.
La femme qui conduit le camion demande à la jeune fille :
« Ta mère elle est venue ? Récupérer. Tes affaires. Dans. Ta chambre ? Parce que. Notre. Institution. Elle est fermée. L’été ».
« Non ».
Répond la jeune fille.
« Maman n’a pas eu le temps. Avec son travail ».
La femme répond à la jeune fille. Non. Ne répond pas. Ça n’est pas une réponse. Ça ne peut pas en être une. La femme dit à la jeune fille :
« Tu vas encore nous laisser toute ta merde dans l’institution ».
Je suis glacé. Glacé. Je glisse sur le sol. Mon corps se plie sur les dalles. Cet espace blanc de l’appartement d’alors. Les larmes ne coulent pas. Ne coulaient pas. N’ont jamais coulé. Rien qu’une sorte de suffocation.
Je n’ai pas raconté. Je n’avais pas raconté.
Aujourd’hui, j’ai commencé à dire à Frédéric.
Il me demande :
« Mais comment ça a commencé ? Comment a-t-il décompensé Matthieu ? »
« Vous avez. Quel est le mot déjà ? Avec votre livre vous avez ? »
« Sublimé ».
« Je » dis.
« Oui. C’est le mot.
Heureusement que vous êtes là ».
Dit la psychiatre. Psychothérapeute. La psychanalyste.
« Mais cela me fait penser à une opération de sabotage. Cette démission de l’institution. C’est cela que votre situation m’évoque. Vous aviez quel âge. Quand. La. Décompensation. S’est.
Déclenchée ? Ça a duré combien de temps ? De quand à quand exactement ? * Mais alors qu’est-ce qui s’est réactivé ?
Le fait. D’être. En contact. Avec des enfants. Ces. Préadolescents ?
Comme à l’âge qu’avait Matthieu votre frère ?
Cela m’évoque une volonté d’un retour au point de départ. Une volonté d’en revenir à une situation de mise en chaos. Que vous avez bien connue dans le milieu familial. Si. J’ai bien compris ».
Dit la psychiatre. Psychothérapeute. La Psychanalyste.
Non : carcan familial. « Je » reprends les efforts pour rendre l’autre fou. Je reprends l’intolérable. Les limites.
« On vous a poussé à sauver votre peau ».
Elle dit.
« Sauver sa peau ».
« Sauver votre peau. Oui. Qu’est-ce que cela vous évoque ? Ça. Vous. Rappelle ? Ça. Vous. Le. Rappelle ? »
Dit la psychiatre. Psychothérapeute. La psychanalyste.
« Je » n’avais pas raconté. Comment j’avais vu.
Sa. Maladie. Se. Déclarer.
Quand il avait commencé à me parler. Me dire qu’il avait une puce dans l’une de ses dents. Que cette puce on la lui avait posée. Qu’elle était reliée à des hélicoptères. Que ma sœur qui était partie en vacances en Algérie. Avait été envoûtée. Qu’à son retour il avait voulu vérifier les chiffres, les dates de naissance. Que mon beau-frère séquestrait ma sœur dans sa belle famille.
Ma mère relayait le discours fou qui était en train de s’élaborer. De se. Fabriquer.
« Ta sœur. Est. Séquestrée Dans sa belle-famille ».
Dit la mère.
Dans « l’effort pour rendre l’autre fou » j’avais téléphoné à ma sœur. En grave dépression. Déjà. La broyeuse était en route. Elle n’était pas séquestrée. Elle se reposait dans sa belle-famille.
« Ma mère » lui avait refusé de venir se reposer chez elle.
« Ma mère » relayait le discours fou. Mon frère Matthieu, cherchait la porte de sortie. Sauver sa peau.
Je n’avais pas raconté.
J’ai dit à Frédéric. Aujourd’hui. Je n’ai pas osé lui dire les cris d’alors. Les hurlements. Je me suis retenu. Mais les larmes sont venues, elles ont coulé. De son côté. J’avais envie de l’embrasser.
Les larmes sont maintenant du côté de Frédéric, Marc.
« Excuse-moi de te faire pleurer ».
Je lui ai dit.
Les larmes n’ont pas coulé. Juste une sorte de suffocation. Une bête soumise. A semi-morte.
Je raconte à Frédéric, Marc, Paul. Je n’avais pas raconté ça.
« J’étais capable de pleurer. Mais. Maintenant.
« Je » suis. Au-delà des larmes ».
Dit Sarah Kane.
J’ai dit. A Frédéric. Marc. Paul. Louis. Que « je ». Ne pouvais plus continuer ainsi. Toute la vie. A la répéter. Inlassablement. Toute cette histoire.
« Se jeter sur le train. Ou. L’écrire ».
Je t’ai dit.
« D’une façon. Très pragmatique ».
« C’est devenu avec toi, Frédéric. Marc. Paul. Louis. La seule possibilité. L’alternative enfin ».
Et.
« Que l’intime se déverse dans le public. L’écrire ».
J’ai dit à Frédéric. Marc. Paul. Louis :
« C’est toi qui l’as déclenchée l’écriture. J’ai commencé à écrire. Avec toi. Comme point de butée. Et les propos : « Réparer ». De la psychiatre. Psychothérapeute. La psychanalyste ».
« Parce que j’ai compris que c’était bien le seul moyen. La seule manière. Authentique. De faire entendre que je suis au-delà des larmes ».
Dit l’auteur.
« Le seul moyen. Frédéric. Marc. Paul. Louis. De les sauver aussi mes propres larmes. Qui n’avaient jusqu’alors pas coulé ».
« Quand je t’avais vu pleurer. Frédéric. Marc. Paul. Louis. Ces larmes de ton côté. J’ai compris que c’est par l’écriture. La littérature. Que l’intime se déverserait dans le public. Que c’était le seul moyen ».
« D’en. Finir ».
Dit l’auteur.
Quand Matthieu m’avait appelé. Il m’appelait toujours juste avant. Où lorsque. Ça. Décompensait.
Toute la « famille » passait l’après-midi du dimanche chez « mes parents ». Mon frère Matthieu m’appelle.
« Tu t’es suicidé toi aussi ? J’ai ressuscité Mamie. Est-ce que tu es un suicidé toi aussi ? »
Dit Matthieu.
« Je t’aime Matthieu. Je t’aime. Oh mon petit frère comme je t’aime. Je suis là. Je suis là. Mon ange ».
Je. Lui. Réponds.
Comment raconter sa voix d’enfant ? Sa. Petite. Voix. Comment donc la faire entendre ? Au-delà de la panique. Je ne l’avais jamais entendue comme cela. Cette. Petite. Voix. D’enfant. Au-delà du désespoir. Cette panique folle.
« Tu es un suicidé toi aussi ? »
Dit Matthieu.

Distinction

Pièce bénéficiant d’une Aide à la Création du CNT (novembre 2014)

Extrait de presse

A propos de la création sur France culture le 17 mars 2015

« J’ai lu, j’ai vu au Théâtre Ouvert, Sauver la peau de David Léon ; ce soir, seule, au cœur de la nuit, dans la grande pièce de la maison, j’écoute son texte sur France-Culture, juste après l’entretien de Laure Adler et d’Olivier Rolin.

Ce texte, je le reconnais, j’en connais des phrases et pourtant il me semble, à cet instant, dans sa totale désincarnation, mystérieux et renaissant. Il est peut-être aboutissement de lui-même : la radio est affaire de voix et ce sont des voix croisées qui font la matière de « Sauver ». Christophe Hocké, le réalisateur, laisse justement toutes ces voix (celle du frère de Mathieu, démissionnaire de son poste d’éducateur, celle des membres de la famille, des représentants de l’institution éducative et psychiatrique, des auteurs cités…) surgir du silence sans jamais les métamorphoser en personnages.

Ces voix n’imitent pas, ne « représentent pas » un homme, une femme. Les voix n’ont pas d’âge, non plus. Seuls compte leur grain plus ou moins grave, leur façon de se poser (…)

C’est beau, d’une beauté indéfinie et infinie, que je ne peux en aucune manière applaudir, seule assise dans la nuit de ma grande maison. »

[Marie Du Crest, La cause littéraire, 2 avril 2015]


« Totalement bouleversé quand on lit ce soliloque.

Texte hypnotique, scénographie magnifique.

Il faut lire le texte… qui se lit comme une nouvelle »

[Stéphane Capron, France Inter, 14 mars 2015]


« (…) Sauver la peau est envahi de flux divers, qui sont autant de voix hétéroclites : celle de la mère, du père, du frère. Satellites de paroles qui dit combien, chez David Léon, le langage s’organise autour de figures présentes-absentes et dont le narrateur serait comme un porte-voix.

Il y a par là une dimension ritualiste qui remet en cause la présence réelle du comédien comme porteur d’une maîtrise du jeu. (…) »

[Attractions visuelles, 14 février 2015]


« Une écriture à vif, un sujet cruel – famille toxique, suicide d’un enfant – une mise en scène sans concession : Sauver la peau de David Léon laisse le spectateur saisi, au Théâtre Ouvert à Paris.

(…) David Léon, 39 ans, est l’auteur de textes fulgurants sur l’enfance et la famille.

(…) La pièce est aussi une belle réflexion sur l’impérieuse nécessité d’écrire, et cite joliment Deleuze, Duras, Céline, Koltès… »

[Paul Parent, Têtu, 12 février 2015]


« Enfants maltraités. Institutions qui n’en peuvent, mais... Ce « Sauver la peau », monologue superbement interprété, soulève la question des maltraitances.

Comment dire la violence. Comment faire entendre les souffrances. Celles faites en particulier à des enfants, des jeunes gens vivant dans un environnement familial difficile, perturbé. Ou dans des institutions que l’on nomme « éducatives ». Comment traduire ces événements qui malmènent des vies adolescentes, les écrasent, les humilient. (…)

Un monologue percutant énoncé sur un grand miroir plaqué au sol mais qui, avec le temps qui passe, montre ses fêlures. Un jeu délicat que maîtrise superbement le narrateur/comédien Manuel Vallade. »

[Jean-Pierre Bourcier, Rue du théâtre, 11 février 2015]


« une écriture qui sonne comme le combat d’un homme pour raconter et tenter de se sauver. »

[Esther Moulard-Delhaye, Le Souffleur, février 2015]


« L’auteur s’appelle David Léon. Il sait délivrer du carcan où l’enferme le quotidien une parole qui, coincée au fond de la gorge, vous ronge de l’intérieur.

Son texte, Sauver la peau, mis en scène par Hélène Soulié, avec un unique acteur, Manuel Vallade, explore les vertiges où plonge une souffrance à peine dicible.

Mieux qu’un personnage, David Léon édifie une conscience face au monde. Une conscience droite, en proie à la colère, mais que la compassion vient sauver du naufrage. (…)

[Joëlle Gayot, La Vie, 5 février 2015]


« Ce n’est pas franchement une surprise ; la troisième pièce de David Léon, Sauver la peau, confirme avec éclat son talent d’auteur (…)

il est vrai que l’écriture de David Léon possède une force étonnante accentuée par une rythmique particulière provoquée par une ponctuation qui vient briser à tout moment l’harmonie des phrases émises. Cette écriture ne cesse aussi d’être traversée par des échos, des cris, des clameurs, lointains échos du chaos du monde. À ce stade David Léon se permet tout, allant jusqu’à citer les auteurs qui l’ont influencé, Christine Angot, Marguerite Duras, Gilles Deleuze, Virginia Woolf, Bernard-Marie Koltès… dont il épouse sinon la forme du moins l’esprit avant de repartir à la charge, cette nourriture-là valant bien l’autre, celle de la vie, la sienne propre (…)

l’homme qui parle est écrivain, seule fonction qui lui permettra peut-être de « sauver sa peau ». Cet homme, le comédien Manuel Vallade lui donne magnifiquement vie dans ses contradictions, ses souffrances, sa recherche d’identité. Ce qu’il accomplit est remarquable ; les mots prenant vie dans son corps même, se frayant un difficile passage pour enfin être émis. C’est ainsi la matérialité même de la parole, et par-delà, de l’écriture, qu’il met au jour, seul, dans la nudité de la scène plongée dans une semi-obscurité. Et cependant c’est bel et bien le spectateur qui est interpellé »

[Jean-Pierre Han, Frictions, 3 février 2015]


La programmation de Un Batman dans ta tête à La Loge à Paris 11e « fut la découverte d’un auteur, David Léon que l’on retrouve cette année au Théâtre Ouvert avec un nouveau texte Sauver la peau.

Il y a des liens, de l’un à l’autre : la folie est le premier d’entre eux. Folie d’un adolescent qui s’imagine avoir un double dans sa tête, Batman. Folie d’un autre adolescent, diagnostiqué comme schizophrène paranoïde (…)

Chez l’un et l’autre David Léon explore le meurtre psychologique qui les a détruits. (…)

[Brigitte Salino, Le Monde, dimanche1er-lundi 2 février 2015]


« (…) Il y a dans ces deux textes la même violence, lancinante, la même folie que l’on retrouve chez les deux personnages prénommés tous deux Matthieu et dont on analyse le dysfonctionnement, la destruction. Est-ce que ce sont les deux mêmes ces Matthieu dont la parole heurtée nous parvient ici par bribes ?

Peu importe finalement, car ils sont des milliers les Matthieu, écrasés par le carcan familial, compressés par celui de l’éducation, détruits par tout autant de micro-agressions qui font à l’usure dérailler la machinerie. En pointillés, derrière le phrasé saccadé de Manuel Vallade irréprochable dans cette partition délicate, le décryptage du mécanisme de cette maltraitance quotidienne, celle qui broit les êtres et étouffe les idéaux.

David Léon est un auteur c’est incontestable ; à travers un style percutant à la mélodie reconnaissable hachée et méthodique, il dénonce frontalement notre identité en crise. Ici bien que nourrie par un unique acteur la parole est multiple et les mots des uns et des autres se croisent et se fondent dans une polyphonie parfaitement maitrisée. (…) »

[Audrey Jean, Théâtres.com, 2 février 2015]


« Il faut dire encore une fois que la beauté et la puissance du texte de David Léon et l’intelligence et l’intensité de la mise en scène d’Hélène Soulié nous livrent un véritable diamant brut sur le plateau de la très jolie salle Coupole de Théâtre Ouvert. »

[Moussa Kobzili, Théâtrorama, 1er février 2015]


« Le texte de David Léon est nouvelle fois un choc littéraire. Il égratigne le carcan institutionnel d’une institution spécialisée dans l’éducation d’enfants fragilisés. Il égratigne le carcan familial et la société tout entière. »

[Stéphane Capron, sceneweb, 30 janvier 2015]


« Seul sur scène, sous la direction d’Hélène Soulié, Manuel Vallade habite de tout son être le texte de David Léon : Sauver la peau. Un moment organique et polyphonique qui nous emporte.

Toutes sortes de cris et d’échos composent l’écriture de David Léon (auteur et comédien, né en 1976, dont le texte Un Batman dans ta tête a été mis en scène, en 2014, par Hélène Soulié). Toutes sortes de clameurs – précises, tranchantes – qui viennent dire les maux de l’être et les failles du monde. Dans Sauver la peau (pièce que l’auteur qualifie de polyphonie), un narrateur-auteur nous ouvre ses champs de conscience et de contestation. (…)

Sur la scène de Théâtre Ouvert, c’est Manuel Vallade qui incarne cette voix, ce flot de mots heurtés, ce personnage. Et il le fait magnifiquement. A travers une large palette d’accents et de nuances. On a rarement vu le comédien aussi profondément habité par un rôle. (…) »

[Manuel Piolat Soleymat, La terrasse, n°229, 29 janvier 2015]


« (…) L’écriture de David Léon fait surgir des mots de l’indicible. Des bribes d’idées jaillissent d’une pensée intérieure en ébullition. Si la parole se délie peu à peu, le personnage fait sortir les mots de sa bouche un à un comme le paralysé réapprend à marcher pas à pas. Sa rémission commence avec l’achèvement d’une première phrase…

David Léon explore les possibilités du discours et de l’écriture à travers une phraséologie magnifique, complexe, poétique et jusqu’à ce que le sens profond de son propos apparaisse dans la formation des lignes du texte. (…) »

[Camille Hazard, Un fauteuil pour l’Orchestre, 28 janvier 2015]


« Si l’écriture de David Léon happe, elle peut aussi nous échapper. Libre dans sa syntaxe et sa ponctuation, elle n’est pas aisée à entendre, sans doute pas évidente à mettre en scène.

A la croisée des genres – poésie, roman, théâtre -, elle scrute l’intime avec force, le dissèque, l’essore, le ressasse pour digérer et comprendre. Elle génère des stupeurs, des terreurs et des cris. C’est sombre avec des ombres et des lumières, des creux et des crêtes, des basculements et du mouvement. »

[extraits de Portait par Anne Leray, à l’occasion de la création de Sauver la peau, 2015]


« Sauver la peau est la troisième pièce de David Léon, elle est plus précisément un nouvel élan de l’œuvre qui re/commence. Elle est un retour à l’œuvre matrice, Un batman dans ta tête, mais surtout une amplification de la parole, au-delà de la seule voix Matthieu, l’adolescent suicidé de l’opus 1.

(…) Par delà les voix fictionnelles, surgissent de place en place d’autres voix, celle de la « littérature-amie » qui commente, se fait citation métaphysique de la fable initiale : Duras en épigraphe et présente à l’intérieur du texte ; Céline ; Angot ; V. Woolf ; Deleuze, et pour le théâtre, Sarah Kane et Koltès.

Ce qui est en vérité, inscrit dans la chair de la pièce, c’est le sursaut, la vie « saine et sauve » que l’écriture peut donner. Celle-ci est dans la matière du texte : elle est à l’œuvre matériellement : Je raye (p.16) ou plus loin (p.50) : Jusqu’à cet autre moment où je rentre m’asseoir à la table chez moi pour l’écrire. Cette séquence du train.

L’écriture constitue en effet un nouvel engagement, un manifeste. »

[Marie du Crest, La Cause littéraire, 21 mai 2014]


« La langue est d’emblée hachée, hachurée, entrecoupée, arrêtée. Avec ce « Je » qui n’arrive pas à se dire sans guillemets. Comme s’il était trouble. Le « Je ». Est toujours. Un verre brisé écrit David Léon.

Sauver la peau nous plonge au cœur du processus de la littérature. De l’impérieuse nécessité d’écrire qui naît d’une mise en chaos originelle. Une façon de sauver la peau, quand il est impossible de sauver sa peau. La peau malade. (…)

Sauver la peau est une polyphonie. Un objet théâtral prêt à exploser aux oreilles. L’endroit de la scène suscite une question, à savoir comment être à la mesure de cette matière incandescente. »

[Laurence Cazaux,Le Matricule de Anges, n°153, mai 2014]

Le texte à l’étranger

Traduction en espagnol par Eunice Cortés et Nicolas Alvaro sous le titre Salvar el Pellejo.

Lecture en espagnol dirigée par Angélica Roger avec Alejandro Morales à l’occasion du Festival international de dramaturgies contemporaines, du 6 au 28 août à Mexico.


Traduction en turc turc, sous le titre Pacayi Kurtarmak, par Reyhan Özdilek en 2018.

Mise en lecture à l’Institut français de Turquie par Mark Levitas le 8 octobre 2018.

Création dans une mise en scène de Onur Simşek, avec Eylül su Sapan, Anahit Sahne à Istanbul (Turquie), les 29 et 30 mai 2019.

Vie du texte

Lecture par Stanislas Nordey, Théâtre Ouvert, le 3 février 2014.


Lecture par l’auteur, La Baignoire, lieu des écritures contemporaines, Montpellier, le 1er mars 2014.


Lecture lors des Pistes d’envol du Théâtre du Rond-Point, dirigée par Hélène Soulié, compagnie Exit, Paris, 25 mars 2014.


Création dans en mise en scène d’Hélène Soulié, collectif Exit avec Manuel Vallade, Théâtre Ouvert (Paris), du 26 janvier au 14 février 2015.

Tournée 2015-2016, seul ou en diptyque Un Batman dans ta tête :
— Théâtre du Périscope, Nimes, 6 et 7 novembre 2015
— Scènes croisées de Lozère, St Chély d’Apcher, 20 novembre 2015
— Festival Art et déchirure, CDN de Rouen, 11 mars 2016


Création radiophonique sur France Culture, Atelier fiction, dans une réalisation de Christophe Hocké, avec
Nicolas Maury, Geoffrey Carey , Jean-Noël Lefèvre , Dan Artus , Pierre-Felix Gravière David Botbol, le 17 mars 2015.

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