ISBN : 2-84705-049-3 EAN : 9782847050493 13x21cm, 48 p., 9,50 € 1 homme, 1 femme Ouvrage publié avec le soutien du Centre national du livre

La vie de marchandise

moi et ma femme on se tue dans deux semaines

la décision on l’a pensée maintenant on est encore lucides

elle déjà des jours elle a la perte d’un mot

je ne retrouve plus pour appeler quelque chose des mots pourtant faciles

pour les mots fléchés j’ai un carnet je les note dans l’ordre alphabétique si j’ai besoin

il finit toujours ses grilles

pour en revenir à cette mort ma femme elle tient à avaler un somnifère

c’est surtout l’idée que la voiture fracasse le parapet et se jette dans le vide

ça la tarabuste j’ai beau lui expliquer

en bas la voiture tombe dans un lac on va flotter

on ne va pas flotter pendant des heures elle coule à pic

avec nous nous emmenons le caniche

comme ma femme lui aussi il avale un somnifère mélangé à sa pâtée

les animaux sentent la mort dans la voiture s’il n’est pas drogué il peut très bien vouloir nous mordre

on l’a déjà vu

parle de la lettre

nous laissons une lettre dans le bungalow

il y en a déjà une la même on l’a laissée dans la cuisine de notre pavillon

des lettres pour expliquer

notre geste

qu’ils n’aient pas à chercher pendant des mois si ils retrouvent une voiture avec trois cadavres dans le lac

c’est les nôtres

expliquer que nous sommes en règle

c’est important

il va y avoir une enquête de toute façon une voiture dans un lac

ils vont la repêcher la voiture

laisse avec une grue maintenant c’est vite fait

on le verra dans le journal

ils peuvent le passer aux actualités régionales

dans un virage la grue je ne vois pas où ils peuvent la mettre

laisse je te dis

ils vont la laisser dans l’eau la voiture

touristique comme c’est touristique enfin dans la lettre on explique que nos factures elles sont payées

il reste de l’argent sur notre compte en banque on le donne à la spa

le pavillon on le donne à une fondation pour les maladies du cerveau ma femme elle leur envoyait un chèque une fois l’an ils lui envoient toujours un calendrier pour la remercier

il faut s’occuper des œuvres de bienfaisance ou de la recherche c’est ce qui peut nous arriver un jour

moi c’est les poumons par exemple

il a mal aux côtes quand il respire

c’est le symptôme ça c’est dans les poumons ça ne s’opère pas

la médecine ne peut rien faire pour l’instant peut-être un jour si ils lui trouvent quelque chose

c’est juste des cachets à prendre aux repas

jusqu’au 31 août

on a prévu de se tuer le 31

c’est le jour qu’il faut rendre la clé du bungalow pour rentrer chez nous le séjour s’est bien passé

en réalité on prend la direction opposée qui amène aux rebords du lac

c’est un lac qu’on connaît depuis longtemps pour y avoir pique-niqué il y a une petite plage

on est passé plusieurs fois à l’endroit où on va se tuer

c’est dans un virage

ils ont mis un parapet en pierre tout le long seulement là il y a une barrière en bois

le 30 août il vient la desserrer

Pièce sélectionnée au 2è tour du Grand Prix de littérature dramatique 2010.

Extraits de presse

« Avec humour, tendresse et acuité, William Pellier propose, dans une pièce tout en nuances, une réflexion juste sur une question délicate, celle de la possibilité de choisir le terme de sa vie, à l’heure où les sociétés occidentales sont confrontées à une population de plus en plus vieillissante, parfois dans des conditions de dépendance ou de misère physique et morale qui questionnent l’intérêt d’une existence si longue. »
[Anne Pellois, Centre national du livre, 2009]

Critique complète du Centre national de livre.


« Au bord du vide avec le sourire, s’agitant pour quelques vagues occupations qui ne les occupent plus vraiment, il y a dans les personnages de Pellier une filiation avec Beckett qui donne à La Vie de marchandise une dimension tout à fait remarquable. Aérienne et profonde, intemporelle même si elle puise dans le quotidien. »
[Gilles Granouillet, Comité de lecture Centre Dramatique National Saint-Étienne]


« Cette pièce déstabilisante recèle dans sa noirceur des trésors de langue, et dans ses profondeurs des expressions terribles de justesse. »
[Nicolas Blondeau, Lyon capitale, 23 juin 1999]


« C’est au cœur du banal que [ce] texte puise sa force et son économie et nous émeut. »
[Mireille Davidovici, Aneth, 22 décembre 1998]

Le texte à l’étranger

Pièce traduite en allemand par Frank Weigand et Leyla Rabih, et publiée dans la revue Scene n°14, novembre 2011.

Lecture de la traduction allemande, Wir Waren, à Vienne (Autriche) le 2 mai 2012 et au Thalia Theater, à Halle (Allemagne) les 10 et 11 mai 2012.

Création de Wir Waren au Theater Winkelwiese, Zürich (Suisse), dans une mise en scène de Stephan Roppel avec Suly Röthlisberger, Hansrudolf Twerenbold, du 15 septembre au 13 octobre 2012.

Création de Wir Waren au Theater Osnabrück, Allemagne, dans une mise en scène d’Alexander May, le 30 novembre 2012.
La pièce est donnée trois fois par mois en décembre 2012, janvier et février 2013 sur la saison 2012-2013.

Prix de la meilleure pièce du Festival Primeurs 2012 , festival d’écriture contemporaine, est un partenariat entre Le Carreau, scène nationale de Forbach, le Saarländisches Staatstheater, SR 2 KulturRadio et l’Institut d’études françaises de Sarrebruck. Lecture le 24 novembre 2012.

Création de Wir Waren au Deutsches Theater de Göttingen, Allemagne, dans une mise en scène d’Antje Thoms, à partir du 23 janvier 2014. Voir ici.

Vie du texte

Lecture aux Journées d’auteurs du Théâtre des Célestins de Lyon par Sophie Barboyon et Stéphane Bernard, dirigés par Sylvie Mongin-Algan, cie Les Trois Huit, en décembre 1996.

Texte inscrit au Répertoire d’ANETH et bénéficiaire d’une aide attribuée par la DMDTS / Ministère de la Culture, en 1999.

Lecture lors des Passerelles Théâtrales, Théâtre de la Cité internationale, à Paris, par Florence Giorgetti et Philippe Minyana, en octobre 1999.

Création par le Théâtre craie, mise en scène Claire Rengade, Théâtre des Clochards célestes à Lyon, du 17 au 23 juin 1999.
Reprise le 25 juin lors du festival Jardin des possibles à Lyon.

Sélection en 2001 par le comité de lecture de la Comédie de Saint-Étienne, mise en lecture de Gilles Granouillet.
Puis création par la Comédie de Saint-Etienne-Centre dramatique national, mise en scène de Louis Bonnet, du 23 octobre au 28 novembre 2001.

Mise en lecture par le Théâtre de la Tête noire de Saran, en 2003.

Lecture par William Pellier lors du Salon du théâtre, place Saint-Sulpice, le 23 mai 2009, à l’occasion de la parution du livre.

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