Éditions Espaces 34

Bedroom eyes,
ou maison qui tombe

EAN : 9782847050219 13x21 cm, 56 p., 10,50 € 1 homme Publié avec le soutien du Centre national du livre


ou maison qui tombe Bedroom eyes

En ce temps-là.
Dans ce coin-là.
Dans ce coin de la maison.
Dans un endroit de la maison.
La maison et ses endroits.
Des endroits précis.
Quelque chose.
Des endroits.
Des fenêtres ouvertes.
Des portes fermées.
Peut-être des odeurs.
Odeur de printemps.
Temps de printemps.
Je ne me rends pas compte.
Ce qui a lieu.
Car qui a parlé ?
Car qui a crié ?
En ce temps-là.
Ce qui arrive et ce que l’on dit.
Ce que l’on voit.
Ce que l’on oublie.
C’est arrivé.
Il est arrivé quelque chose.
Qui peut le dire ?
Qui peut parler ?
Ce qui est devant et ce qui est derrière.
Dans ce coin de la maison.
Un endroit, c’est très simple.
Ou quelques endroits.
Des endroits précis.
Avant et après.
C’est dans le lit.
La mère se couche souvent dans le lit.
La mère peut se coucher souvent dans son lit.
Dans son lit l’après-midi.
Un coin du lit.
Les odeurs du lit.
L’enfant a ses odeurs.
Comme son lit.
On peut voir souvent la mère dormir dans son lit.
Il faut dire : l’après-midi.
Le lit de ma mère.
Ma mère quand elle ferme les yeux
Ma mère a fermé ses yeux.
Ma mère a fermé ses yeux pour dormir.
Ma mère peut fermer ses yeux.
L’après-midi.
Et c’est le lit de ma mère.
Je ne vois rien.
Je n’ai pas vu la mère se mettre au lit pour dormir dans l’après-midi.
Je n’ai pas vu la mère se coucher et s’endormir.
C’est seulement l’après-midi.
Bien avant que la nuit tombe.
Avant.
Je n’ai pas entendu la mère dire qu’elle allait dormir.
Je n’ai rien entendu de la part de la mère.
Je n’ai pas fait attention à la mère qui peut décider dans l’après-midi d’aller dormir dans son lit.
Dans la chambre de la mère.
Je ne suis pas dans la chambre de la mère.
Je n’entends rien dans la chambre de la mère qui va peut-être se décider à dormir.
Je ne me rends compte de rien.
La chambre de la mère est calme.
Il n’y a jamais de bruit dans la chambre de la mère.
Tout est normal dans les chambres de la maison.
Dans la maison, en plein après-midi, c’est souvent silencieux.
Normal.
Des chambres calmes.
Quelques endroits.
La mère est quelque part dans la maison calme alors que l’enfant ne fait pas attention.
Des chambres claires.
Des chambres de l’après-midi.
La chambre de la mère est calme peut-être parce qu’elle a décidé de dormir.
Je ne sais plus.
Je ne peux pas savoir.
Je ne peux pas me souvenir.
Je ne veux pas me souvenir.
Je ne veux rien.
La chambre est calme et claire et il y a forcément des jouets.
La chambre des jouets de l’enfant et son lit.
Odeur de chambre.
Odeur du coin où l’enfant s’écoute.
Odeur de l’enfant.
Et de l’autre côté la chambre de la mère et son lit et la mère qui est certainement dans son lit et qui doit certainement dormir et si elle dort tout est finalement silencieux dans la maison éclairée.
Qu’est-ce qui a vraiment eu lieu ?
Sur le moment même.
Dans la maison.
En ce temps-là.
Quelque chose.
Le calme.
Un coin.
L’après-midi.
Odeur qui entre par la fenêtre, peut-être ouverte.
Je ne sais plus.
Les jouets sur le sol.
Les jouets dispersés sur le sol de la chambre de l’enfant qui n’entend pas sa mère s’endormir.
Le temps passe et c’est d’abord l’après-midi.
Je n’entends pas ma mère fermer ses yeux.
Je n’entends pas ma mère qui s’écroule dans le sommeil.
Je n’entends rien.
J’entends le son de ma voix.
Je m’écoute.
Je parle et je m’écoute parler.
Les jouets sont étalés sur le sol de la chambre éclairée.
Et la mère a décidé de dormir.
L’après-midi la mère peut normalement décider de dormir.
En plein après-midi.
C’est possible.
Je n’entends rien.
Juste à côté.
La chambre d’à côté.
La chambre aux volets fermés.
Je ne sais pas.
La mère a-t-elle fermé les volets quand elle a décidé de dormir.
Je n’entends pas le bruit des volets qui se ferment.
Je n’entends pas la mère s’endormir.
Je n’entends rien.
Je suis avec ma voix et les jouets dans la chambre éclairée.
Il y a peut-être ces volets fermés dans la chambre de la mère qui veut dormir.
La chambre de la mère endormie.
La chambre sombre.
Peut-être.
Pourquoi pas ?
L’après-midi, pourquoi pas ?

Extraits de presse

« En collaboration avec l’Ircam, le collectif MxM et Cyril Teste proposent une brève performance intitulée Bedroom eyes dont la forme originale entre le jeu vidéo et le témoignage poétique tend à faire cohabiter sur le plateau temps présent et passé enfoui.

Cyril Teste convoque, dans cette petite proposition d’une demi-heure, toute son intelligence de l’espace et son savoir-faire scénique.

Un dispositif élémentaire constitué d’une caméra, un écran et un acteur (Thierry Raynaud, seul en scène) et un travail sonore particulièrement élaboré, plongent le spectateur dans la subjectivité d’un homme à la recherche de son passé, ranimant ses souvenirs et blessures d’enfance liées à une mère absente.

L’acteur déambule très lentement sur le plateau et se souvient de la maison dans laquelle il vivait autrefois tandis que celle-ci est projetée sur un écran avec lequel il entre en interaction. Le texte de Frédéric Vossier, volontiers flou et mystérieux, laisse volontairement interrogatif (la mère est-elle couchée ou non dans la chambre ?). Cela n’enlève rien à sa beauté et sa grande simplicité participe à la force émotionnelle de la représentation. »

[Christophe Candoni, Toute la culture, 21 septembre 2013]


« (…) Peut-on passer au-delà de l’objectif ? Peut-on pénétrer dans l’œil de l’autre pour faire l’expérience de sa subjectivité ? D’une certaine manière, c’est ce basculement qui se produit au cours du spectacle.

(…) Récit et images sont en tout cas les pièces d’un puzzle dont il manque une partie. Celle qu’on ne saurait voir ni évoquer ? Le passé résiste et court-circuite la parole. C’est ce que montre avec beaucoup de pudeur le dispositif mis en place et servi avec finesse par Thierry Raynaud. »

[Laure Pals, Les Trois coups, 21 septembre 2013]

Vie du texte

Pièce sélectionnée par Entr’Actes 21, novembre 2005 - avril 2006.

Lecture dirigée par Christophe Lemaître avec Sébastien Eveno, crypte de l’élise Saint-Sulpice, Paris VIe, lors du marché de l’édition théâtrale, en juin 2006.

Lecture par Jérôme Kirsher, pour Texte Nu, organisé par la Sacd et France Culture lors du festival Nîmes Culturel, le 8 juillet 2006.

Diffusion de cette lecture sur France Culture le 5 novembre 2006.

Mise en espace par Jacques Vincey, au Théâtre Jean Lurçat-Scène nationale d’Aubusson, le 7 décembre 2007.

Lecture, mise en voix de Matthieu Roy, par le Théâtre Toujours à l’Horizon lors du festival « Traversées n°8 » à La Rochelle (17), le 21 septembre 2008.

Laboratoire proposé par le Collectif MxM en partenariat avec l’Ircam et la Comédie de Reims, Centquatre, Paris, du 27 au 29 juin 2012.

Performance par Cyril Teste et le Collectif MxM, Fondation Cartier, 14 janvier 2013.

Mise en espace par Cyril Teste, Collectif MXM, dans le cadre du festival Temps d’images et l’Ircam, avec ARTE, avec Thierry Raynaud, 104, du 19 au 22 septembre 2013.

Haut