ISBN : 2-84705-034-5EAN : 978284705034913x21 cm, 96 p., 13,80 €3 hommes, 2 femmes

III

Extrait I

Richard. - S’il était un sentiment qu’aujourd’hui encore
Je ne pourrais taire
S’il n’en restait qu’un à offrir
Comme sculpture de ma peine
A tous ceux que j’ai vus
A ces corps étrangers
Parfois toisés
Parfois crus
A ces corps avançant
A ces corps devançant
Infects parce qu’avançant
S’il n’en restait qu’un à porter
En revers de visage
En bandoulière d’âge
Un seul sentiment
Qui puisse sans faillir
Les satisfaire un peu
Me préserver au mieux
C’est à dire
Garder à distance
C’est à dire
A distance raisonnée
S’il ne restait qu’un masque
Au tranchant double
Au relief incurvé
Avenant et distant
Qui puisse encore, aujourd’hui
Signifier sans trahir
Enoncer sans mentir
Sans trop mentir
Je veux dire
Presque sincère
Je veux dire
Presque transparent
Je veux dire
Presque consolant
Je veux dire
S’il ne m’en restait qu’un
Pour autrui, au dehors
Pour ceux-là hors mon corps
Pour moi
Ci-gisant
Un seul sentiment
Les autres un à un soustraits
D’une lente vie biffée
S’il ne m’en restait qu’un
Après m’être vidé des autres
Tous les autres
Comme par élimination
Comme
Délivré d’une mue
Comme
Desquamé vif
Un seul sentiment
JE DIS BIEN UN SEUL
Après toutes ces années passées
A peler, une à une, chaque
Emotion
Une PUIS une, chaque
Douleur
Jusqu’au sang jusqu’au ventre jusqu’au vide jusqu’au laid
Toutes ces années
A regarder blanchir avec le sec des yeux
Les sanglots sur les rides
S’il ne m’en restait qu’un
De tous les sentiments datant
Compissés par l’aigreur
Affadis par le temps
Un dernier
Qui daigne encore régner
Avec moi sur l’échec
Ce sentiment alors
Ce sentiment malingre
JE L’AFFIRME
Serait bien-

Mère. - Richard

Richard. - Oui mère

Mère. - Ils attendent, Richard

Richard. - J’arrive mère


Extrait II

Anne. - Cela s’est passé ainsi
(Un conte de sorcières)
Le jeune homme inconnu
Hérite des vaines charges
Que charrie la lignée
(UN DESERT CEINT DE BARBELES)

L’héritage a ses caillots
(Saillants comme des regrets)
Qui vous lardent le cœur

Richard. - J’aime un peu
Beaucoup
Passionnément
A la folie
Pas du tout
Je hais
Un peu
Beaucoup
Passionnément
A la folie
Pas du tout
J’AIME ET JE HAIS
Deux faces
Un seul tranchant

Devant un parterre d’actionnaires

Vous connaissez mon nom
Vous ne me connaissez pas
A la mort de mon père j’ai hérité
De tout
C’est à dire des usines
C’est à dire des banques
C’est à dire des marchés
C’est à dire de vous
Du travail de l’épargne de votre niveau de vie de vos jours votre foyer votre famille DE VOS REVES ET DE VOS NUITS de vos craintes et de l’avenir
Piètre héritage

Applaudissements

Personne ne me demande
Comment est mort mon père ?
Je l’ai tué

Je plaisante

NON JE NE PLAISANTE PAS
Ma mère affirme que ses traits ordonnent à mon visage
Comme ce nom, Richard, aux paroles dans ma bouche
MA PROPRE MÈRE

C’est un cadavre qui s’exprime

Ce discours durera cinq heures
Vu l’heure tardive à laquelle il commence
Cela vous fera rater le dernier train
Inutile donc de regarder vos montres

Applaudissements

I had a dream, this afternoon
Un rêve concernant le monde entier
Les fils des plus riches familles
Et les fils des plus pauvres
Se tenaient par la main
Pour construire le monde
I had a dream
Celui que nos enfants, demain
Ne seraient plus jugés à la seule couleur de l’argent
Mais en fonction du respect de la dignité de chacun
J’ai fait un sale rêve
Les Humains dans un commun élan
Décidaient que l’économie serait
Une science humaine
Ils la mettaient au pas
Et brûlaient les idoles
J’ai mal dormi
L’histoire frappée par la raison voulait juger nos actes et non plus nos croyances / Les temples professant nos sermons bruissaient au son des voix des assemblées d’humains / Le langage et les corps ne se monnayaient plus / Le Verbe signifiait / La concurrence existait / Deux siècles de vérité s’étiolaient en mensonges
J’ai fait un rêve ce soir

JE PLAISANTE

Applaudissements

Les sirènes ont leur chant
Les églises leurs médias

Il psalmodie

Ajustement souplesse modernité fusion
Energies liberté dialogue et promotion
Zéro stock innovant Monitoring system
Zéro délai Force and Scanning system

Ouverture implication désengorgement
Markenwelt Markenaufbau service JUSTE-A-TEMPS
Management concentration organisation
Dépassement Formation Réalisation

Gouvernance éthique auto Optimisa-
Tion communication auto-réalisa-
Tion Réactivité
Tion Proactivité
Tion Business as usual system
Tion BUSINESS AS ONLY SYSTEM
TION
TION
TION

LE MARCHE EST PLUS VASTE QUE VOS REVES

Applaudissements

Milles mamelles où abreuver nos forces
Et contraindre les autres
A nous regarder boire

Applaudissements

JE PLEURE
Je pleure et vous accourrez voir
Le christ et ses miracles
JE PLEURE
Et vous vous querellez
Gueule aride dents à fleur
Braillards et supporters
Pour boire
ET ADMIRER LE MONDE
DANS MES SANGLOTS D’AVEUGLE

Applaudissements

JE PLEURE et ma colère enfle
A hauteur des progrès
De votre cécité
COMBIEN DE LARMES POUR Y NOYER MON SIECLE ?

Vous n’aurez d’autres dieux que moi
Ne louerez d’autre idole
Que Richard

Hurlements de joie des actionnaires

Moi, Richard, je renonce à l’image

(Je ne vous remercie pas)

Extraits de presse

« Si la pièce de Philippe Malone lui emprunte ses personnages et son propos, la tragédie de Shakespeare s’efface bien vite sous des situations résolument plus modernes. Car richard III est ici l’héritier d’un grand empire industriel où il est sans cesse question d’argent, de banques, d’actionnaires et, par dessus tout, de licenciements arbitraires.

Construite sur une succession de séquences, la pièce évoque les excès d’un certain capitalisme et dénonce surtout les souffrances du monde du travail actuel. L’esthétique très dépouillée du plateau souligne encore la brutalité et la violence des situations évoquées. »

[Ledauphine.com, 01.03.12]


« (…) Richard, interprété magistralement par Christian Scelles, exerce un pouvoir absolu sur ses proches comme sur le monde du travail qui dépend de lui. On repère les actions violentes et sans état d’âme d’un patronat qui n’est plus anonyme et distancié et qui s’incarne ici dans le comportement et le discours d’un homme habité par la cruauté, le caprice… la souffrance.
Richard a perdu ou n’a pas connu le désir, y compris le désir de licencier ses ouvriers. Il terrorise et humilie son entourage par de longues diatribes, qu’il relativise par un « je plaisante » qui en dit long sur son délabrement moral.

Philippe Malone aurait pu définir un tout autre univers pour jouer la partition du pouvoir, des rapports de soumission qui en résultent et de la quête du bonheur.
De son théâtre jaillit une langue encore plus poétique et littéraire que théâtrale, une langue qui décrit les pleins et les déliés de l’âme, dense, une langue qui traduit admirablement l’épaisseur de l’histoire et que les comédiens servent de manière serrée.

La mise en scène de Gislaine Drahy par ses pauses hiératiques et ses bascules mécaniques, attise le jeu des acteurs. Elle laisse en suspens le spectateur et lui permet ainsi de se délecter d’un texte magnifique. »

[René Palanque, Le Dauphiné Libéré, 23 mars 2012]

Le texte à l’étranger

Festival FIND (Festival International de la Nouvelle Dramaturgie) à la Schaubühne, Berlin 2006.

Festival « Stücke 06-Theatertage », Mülheim 2006.

La pièce est traduite en allemand par Bettina Arlt et publiée dans la revue Scene 9, Theater der Zeit, Berlin, octobre 2006.

La pièce est traduite en polonais par Jacek Giszczak.

Elle est mise en scène par Monika Dobrowlanska au Teatr Dramatyczny im. Jerzego Szaniawskiego à Wałbrzych, Pologne, en mars 2008.

Vie du texte

Aide à l’écriture 2003 (Ministère de la Culture).
Aide à la création 2004 (Ministère de la Culture).

Création par la compagnie Octogone - Maria-Cristina Mastrangeli au Théâtre de l’Opprimé (Paris), avec Gaétan Kondzot, Anna Romano, Gilles Dao, Lucienne Hamon, Stéphane Oertlien, janvier 2005.


Présentation au Studio théâtre de la Comédie-Française, « Premières lignes », mars 2004.


Festival « Nîmes-Culture », lecture par André Wilms, juillet 2005.


Création radiophonique, France-Culture, décembre 2006.


Nouvelle création de la pièce par la compagnie Felmur dirigée par Gweltaz Chauviré, au Théâtre du Cercle puis au Théâtre du Vieux Saint-Etienne à Rennes avec Sylvain Levey dans le rôle de Richard, en janvier-février 2008.

Reprise à La Nef - Nouvel espace de Fabrique, à Pantin le 15 et 16 mars 2008.


Lecture dirigée par Gislaine Drahy, compagnie Théâtre narration, avec Marie-Laure Boggio, Liliane David et Christian Scelles, au Théâtre de la Mauvaise Tête, à Marvejols, le 14 novembre 2008.

Lecture dirigée par Gislaine Drahy, compagnie Théâtre narration, avec Marie-Laure Boggio, Liliane David, Pierre-Hugues Germain, Christian Scelles, Christian Taponard, Studio Théâtre de Vitry, le 23 mai 2009.

Mise en espace dirigée par Gislaine Drahy, compagnie Théâtre narration, avec Liliane David, Pierre-Hugues Germain, Emma Mathoulin, Christian Scelles, Christian Taponard, Scène nationale de Gap, le 2 février 2010, et Centre Théo Argence, Saint-Priest, le 8 février 2010.

Dans le cadre de Textes en l’air, la compagnie Théâtre narration, dirigée par Gislaine Drahy, propose une « création en chantier » de III avec Liliane David, Pierre Germain, Emma Mathoulin, Christian Scelles, Christian Taponard. à Saint-Antoine-l’Abbaye le 29 juillet 2010.

Création dans une mise en scène de Gislaine Drahy, Théâtre narration, avec Liliane David, Pierre Germain, Emma Mathoulin, Christian Scelles, Nicolas Rappo, au Grand Angle, scène Rhônes-Alpes, à Voiron (38), le 28 février 2012.

Tournée de création 2012 :
— Théâtre de Bourg-en-Bresse, du 6 au 9 mars
— Dôme Théâtre, scène conventionnée d’Albertville, du 20 au 23 mars
— Théâtre de Vienne, 4 et 5 avril
— Centre Culturel Charlie Chaplin, Vaulx-en-Velin (69), du 24 au 26 avril


Création dans une mise en scène de Paule Groleau et Patrick Sueur, compagnie Théâtre Dû, avec Marieva Jaime-Cortez, Régis Royer, Maryvonne Schiltz, Patrick Sueur, Cédric Zimmerlin et Nino Vella, Théâtre de Laval, novembre 2014

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